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Nous avons le plus grand plaisir d'avoir un interview avec l'ancien international Centrafricain Hervé Ngoko qui a bien voulu répondre aux questions de News Basket Bêafrika.

 

Lisez l'intégralité de l'interview:

 

NBB: Bonjour Hervé, comment vas tu actuellement après toutes ces années en dehors du parquet? Car l'on se demande encore où est passé le Grand Hervé Ngoko...

 

Hervé: "Bonjour Cyrille. Je te remercie de prendre de mes nouvelles. Je me sens bien et suis en pleine préparation pour la prochaine saison avec mon nouveau club de Neuville aux Bois dans le Loiret qui évolue en N3. Je suis resté actif depuis mon départ du pays contrairement à ce que l’on a pu penser.

 

Hervé NGOKO vit en France à Orléans avec sa femme Centrafricaine et ses deux enfants un garçon de 12ans et une petite fleur de 4ans. Par ailleurs je me suis formé et exerce comme gestionnaire d’assurances". 

 

 

NBB: Tu fais partie d'une belle génération qui a longtemps fait vibrer toute la République Centrafricaine. Dis-nous, quel souvenir gardes-tu de cette belle carrière?

 

 

Hervé : "Je gardes de cette période l’insatiable envie, voire le besoin que nous avions de nous retrouver sur l’aire de jeu. Le basket était et reste mon violon d'ingres. Pas un jour ne passait sans que je ne touche au ballon. Je pense que c’est ce qui explique l’éclosion rapide que nous avions connue. Exceller était l’objectif de tous !  

Il me revient en mémoire nombres de tournois inter quartiers que nous organisions en dehors des périodes du championnat ; à Cattin, Bimbo etc, pour rester toujours compétitifs avec le fabuleux rêve de faire partie de l’élite du basket centrafricain, continental et même mondial".       

 

 

NBB: Quel regard portes-tu sur l'avenir du basket-ball Centrafricain à l'heure actuelle?

 

 

Hervé: "Cette question  exige une vision synoptique. Le temps du pilotage à vue est révolu. Ceux qui ne se donnent pas les moyens de réussir échouent. Cela fait fort longtemps que nous ne faisons plus partie des grandes nations dans les grandes compétitions africaines, singulièrement la coupe d’Afrique.

Ce n’est pas faute de talents mais à mon sens d’organisation et de réelle volonté de prioriser concrètement le basket centrafricain. Comme beaucoup de choses dans la vie, la volonté joue un rôle important et la définition du but à atteindre sont des choses importantes dans la réussite de tout projet ". 

 

NBB: Depuis ton dernier Championnat d'Afrique avec les Bamaras, as-tu été contacté une seule fois par la Fédération Centrafricaine de Basket-ball?

 

 

Hervé: "Mon départ du pays a été comme une « disparition ». Jamais aucune des directions techniques qui se sont succédées ne s’est approchée de moi pour savoir mes disponibilités. Je n’ai jamais déserté les parquets depuis que je me suis expatrié. Mon parcours en France n’est pourtant pas anonyme ; il suffit d’aller sur Internet pour avoir quelques informations. En fait je suis resté toujours actif sur les parquets depuis mon départ du pays en l’an 2000. Il est vrai que je n’ai pas été en situation de défendre les couleurs du pays pendant 10 ans à mon corps défendant : soit parce que mon calendrier de formation ne le permettait pas ; soit du fait que l’on a estimé ne pas avoir besoin de moi, voire n’était pas organisé simplement. Tout ceci pour dire que me trouver n’était pas difficile. Mais c’est la direction technique nationale qui décide qui doit aller en sélection. Je me suis efforcé d’être le premier supporter du club Centrafrique ; et me suis toujours tenu prêt comme un officier de réserve dans l’armée. C’est de cette façon que j’ai été en situation de contribuer à la qualification des fauves pour la dernière coupe d’Afrique lors du tournoi de décembre 2010 à Bangui. Je n’ai plus eu aucun contact depuis et pourtant... C’est l’occasion de rappeler que le patriotisme est une chose, la considération et le respect, d’autres…" 

 

 

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NBB: Que faut-il faire pour donner un nouveau souffle au Basket-ball Centrafricain qui à notre avis est clairement en grand danger depuis quelques années déjà?

 

 

Hervé: "Je vais me garder de parler par phrases toutes faites car reconquérir le respect des autres nations au basket ne sera jamais une sinécure. C’est un principe ; tout se vaut par des actes.

Je pense avant toute chose que la présidence et la direction technique de la fédération de basket ne doivent pas être un tremplin ou une fin, mais une mission avec des objectifs clairs. Il faut une volonté tenace sans nombrilisme de se mettre réellement au service du basket centrafricain. 

 

Partant de là, j’estime qu'il est préalable d’avoir une vision synoptique regroupant tous les critères de réussite. J’entends par là : la détection des talents, la formation, le suivi des joueurs tant sur place à Bangui qu'à l’extérieur. Chose à mon sens aussi importante, la transmission intergénérationnelle de l’expérience etc. Tout ceci doit constituer en définitive le leitmotiv de la direction de la fédération nationale ; en étroite collaboration avec le ministère de la jeunesse et des sports". 

 

NBB: La Centrafrique est l'un des seuls pays de basket-ball au monde qui ne donne pas de l'importance à la formation des jeunes. Ta génération a été sans doute l'avant dernière qui a pu recevoir une meilleure formation mais toujours qu'avec les maigres moyens, ce qui est vraiment inquiétant pour l'avenir de ce sport roi...

 

 

Hervé: "Je ne dirai pas tout à fait les choses de la même façon. Et pour cause, tous ceux qui ont contribué à ma culture basket sont pour l’essentiel au pays et oeuvrent dans le domaine de la formation : mon aîné MBANGO valentin est entraîneur, le coach MADOZEIN johny vient d’être sacré champion avec le club BEAC, le directeur technique national GOPORO Frédéric organise depuis plus de dix ans son camp de basket dont je suis l’un des ressortissants… Seulement nous sommes restés au stade embryonnaire alors que les autres pays se sont mieux organisés. L’exemple de l’Angola est assez éloquent. Il y’a aussi le Cameroun, le Nigeria et bien d’autres qui se sont donnés les moyens de progresser.   

 

Pourquoi n’avons-nous pas une politique de formation tout au long de l’année par exemple des joueurs locaux susceptibles d’intégrer les équipes nationales ? Ce serait pourtant un moyen d’émulation pour les jeunes sur place au pays.

 

Le basket comme exemple ne doit pas être seulement important dans la capitale. Il existe certainement des talents, des personnes de grandes tailles dont on peut faire des intérieurs dans l’arrière pays etc. Quelle politique est mise en œuvre pour les détecter ? Et à quand l’organisation de véritables compétions scolaires au niveau de Bangui voire dans les principales capitales de province? L’exemple de la Jamaïque en athlétisme le démontre à suffisance. C’est de là que sont sortis les Usain BOLT et autres fusées des pistes d’athlétisme.  

 

Le président NGOUYONGBIA KONGBA ZEZE, ancien président de la fédération de basket, avait à l’époque mis en place, la coupe Fédérale qui se déroulait dans une ville de province. Et la Super coupe fédérale qui permettait aux meilleures équipes de provinces de venir se confronter à celles de la capitale. Qu'en est-il aujourd’hui ? Je sais que nous avons traversé des crises mais le sport uni les peuples dit-on…

Une conférence-débat peut être organisée, on peut ouvrir un cahier blanc pour recueillir le cas échéant des idées et arbitrer derrière. Tout ceci pour dire qu’on peut agir. Tout ne se résume pas qu'à l’argent même s’il reste le nerf de la guerre". 

 

 

NBB: Cela fait déjà quelques années que Romain Sato est le seul joueur Centrafricain évoluant au très haut niveau, ce qui est une fierté pour tous les Centrafricains mais cela peut être aussi un  mauvais signe pour l'avenir...Qu'en penses-tu?

 

 

Hervé: "Bravo avant toute chose à Romain qui porte haut les couleurs du Pays sur la scène internationale. 

Sa présence est à mon entendement plutôt un bon signe pour l’avenir. Le talent ne suffit pas toujours pour réussir dans la vie ! Il faut aussi des opportunités qui se présentent ou que l’on force, et un brin de chance. Romain SATO peut constituer un formidable tremplin en terme de marketing pour le pays. Et cela peut apporter au-delà du basket à toute la nation centrafricaine. Ce serait trop long à développer ici mais il y’a de quoi faire bien entendu avec la collaboration de l’intéressé". 

 

 

NBB: Quel projet personnel as-tu pour l'avenir de ce sport au pays des Bamaras?

 

 

Hervé: "mon ambition est d’être utile au basket à un moment ou à un autre ; d’une manière ou d’une autre. C’est tout ce que je peux dire à ce stade. J’espère être en mesure de mettre en œuvre un certain nombre de projets dans les toutes prochaines années. On en reparlera sans doute".

 

 

NBB: Avant de nous séparer, je te laisse le dernier mot de la fin.

 

 

Hervé: "je te remercie de ton initiative et t’encourage à continuer le travail que tu fais pour le bien du sport en général et du basket en particulier.

 

À mes chers compatriotes d’ici et d’ailleurs, de faire un geste s’ils le peuvent d’une manière ou d’une autre pour le sport au pays. Rien n’est insignifiant.

 

Vive le sport en Centrafrique et vive le basket".

 

 

 

 

 


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