C'est une véritable montagne qui se dresse devant le Bourges Basket qui joue cet après-midi la 9ème demi-finale de son histoire. Ekaterinburg, l'immense favori de la compétition, son effectif surdimensionné, son public, et sa puissance de feu sans égale. Si les filles de Valérie Garnier ont montré de grosses qualités pendant cette semaine, il va falloir encore augmenter le niveau de jeu pour espérer pouvoir rivaliser avec ce monstre programmé pour détruire tout ce qui trouve sur son passage. Petite revue des forces en présence.
Ekaterinburg, géant souvent perdant
Si les Russes font figure d'immense favorites, ce statut n'est pas nouveau pour elles. Depuis une décennie, Ekaterinburg figure parmi les équipes qui comptent dans le concert européen. Sacrée en 2003 face à Valenciennes, dans un Final Four qui se déroulait à Bourges, l'équipe russe n'a pas connu la même réussite depuis. Pire encore, elle a acquis un statut de loser magnifique.
En effet, Ekaterinburg a pris un abonnement à la 3ème place puisqu'elle y termine chaque année depuis 2008 ! Si la formule du Final Eight était spéciale l'an dernier, les Russes ont bien du abandonner leurs rêves quatre fois en demi-finale (quatre fois contre le rival Spartak, que Bourges a éliminé cette semaine), malgré un statut de gros favori parfois. De plus, de nombreuses joueuses actuelles ont connu ces grosses déceptions (Sandrine Gruda et Deanna Nolan par exemple, présentes au club depuis 2008). Qui sait si cette pression ne se fera pas ressentir en cas de match serré.
Diana Taurasi/Candace Parker, tandem infernal
Doté d'un budget exceptionnel pour le basket féminin (L'Equipe évoque les 12 Millions d'Euros, soit plus de deux fois les meilleurs budgets de Pro A...), Ekaterinburg présente un roster en conséquence. Rien que la liste des noms qui le compose peut faire frémir : deux championnes olympiques américaines, plus ou moins considérées comme les deux meilleures joueuses du monde (Diana Taurasi et Candace Parker), une vice-championne olympique française (Sandrine Gruda), une Américaine naturalisée Russe MVP des Finales WNBA en 2006 (Deanna Nolan), des internationales référencées venues des quatre coins de l'Europe (Anete Jekabsone, Silvia Dominguez, Quanitra Hollingsworth, Ewelina Kobryn) et bien sur, des internationales russes, souvent moins utilisées en club qu'en sélection (Maria Stepanova, Olga Arteshina, Anna Petrakova, Tatiana Popova) !
Songeons que la 13ème joueuse sous contrat, Sue Bird est sagement laissée sur le côté pour l'Euroleague à cause de la limitation du nombre d'étrangères autorisé. Une richesse exceptionnelle, construite intelligemment cette saison, ce qui ne fut pas toujours le cas par le passé, mais surtout magnifiée par le talent hors-norme des deux joueuses majeures que sont Taurasi et Parker. Leurs chiffres se passent de commentaires : 15.7pts à 61% aux tirs, 10.0rbds, 3.1pds et 1.3ctres en 25min de moyenne pour l'intérieure polyvalente et 15.6pts, 4.3rbds et 4.7pds en 28min pour l'arrière-scoreuse. Deux joueuses capables de faire la différence en quelques actions, en cas de coup dur.
Bourges, outsider magnifique
On ne donnait pas très cher de leur peau en début de semaine. Débarqué en Russie sur la pointe des pieds, au sortir d'une semaine compliquée (élimination en Coupe de France par le Lyon BF et défaite en championnat contre Lattes-Montpellier, deux matchs à domicile) et avec un effectif réduit, Bourges n'avait qu'une idée en tête, se remettre les idées en place avant les échéances nationales. Mais les Berruyères vont faire bien plus, se prenant au jeu après une première mi-temps exceptionnelle contre le Sparta&K (48-27).
"On ne va pas se mentir, on n'a jamais pensé qu'on pouvait être championnes d'Europe et ça n'a pas changé après ce match. Cette victoire est un miracle et un cadeau pour nous, par rapport à toutes les difficultés qu'on a connues."
Céline Dumerc résumait bien la pensée dans le camp français à l'issue de cette victoire décisive. L'équipe alignée à Ekaterinburg est bien éloignée de celle imaginée en début de saison (Cathy Joens, Frida Eldebrink et Stella Kaltsidou blessées), même si les remplaçantes assurent le job. Marissa Coleman par exemple, a livré deux excellentes prestations dans les deux victoires berruyères. Alors Bourges va conserver sa ligne de conduite. Prendre le match comme il vient, sans pression supplémentaire. Quoiqu'il arrive désormais, la semaine est déjà largement positive par rapport à ce qui avait pu être envisagé.
Les clefs du match
Face à un tel adversaire, Bourges n'aura que très peu le droit à l'erreur, mais possède de sérieux arguments à faire valoir. Comme l'a rappelé Candace Parker, "Bourges n'est pas dans le Top 4 par hasard".
- Une défense efficace : Avec 59.8pts encaissés en moyenne, Bourges présente la 2ème meilleure défense de toute la compétition et devra se servir de cette arme forte pour espérer créer l'exploit. A contrario, les Berruyères sont l'antépénultième attaque avec seulement 63.8pts marqués. Autant dire que le contrôle du rythme sera important. Bourges n'a certainement pas envie de voir le score s'envoler rapidement.
- Limiter les balles perdues, contrôle du tempo : Bourges ne s'en sortira pas en offrant trop de munitions aux superstars d'Ekaterinburg, qui affectionnent le jeu rapide.
- Les Russes sont en pleine confiance. Bourges ne se remettrait probablement jamais d'un début de match raté comme mercredi contre Schio (plus de 6min sans mettre un point). Beaucoup de choses se joueront dans les cinq premières minutes de la rencontre.
- L'exécution offensive : Si on parle volontiers du jeu offensif des Russes, il ne faut pas oublier qu'elles possèdent également une défense de très haut-niveau. Leurs trois adversaires du tour précédent n'ont pas dépassé les 45pts, et Bourges n'est pas réputé pour être une équipe très efficace de ce côté-ci du terrain. Il sera donc important de trouver un peu d'adresse rapidement, et de gérer convenablement les périodes de crispation offensive qui arriveront forcément à un moment ou à un autre, sans perdre le fil du match.
Bourges est également une bonne équipe au rebond offensif grâce notamment à Emmeline Ndongue et Endy Miyem. Contrôler ce secteur pourrait être décisif.
- Céline Dumerc : Le poste un est le seul sur lequel Bourges peut se prévaloir d'un avantage théorique. La Capitaine de l'équipe de France est capable sur un match de très haut-niveau, de pouvoir régner sur la rencontre, elle l'a prouvé plusieurs fois ces derniers mois, notamment aux Jeux Olympiques.
L'avis de la rédaction
On aimerait vous dire que ce match est très ouvert et que Bourges possède de bonnes chances de rallier la finale, mais ce n'est pas vraiment le cas. L'ogre russe apparait comme le grandissime favori de cette demi-finale. Bourges aura néanmoins quelques occasions de lui rendre le match compliqué qu'il faudra s'empresser de saisir, pour ne rien avoir à regretter. Bourges ne parviendra à tirer son épingle du jeu qu'en faisant douter cette constellation de stars sure de sa force. L'ampleur de la tâche est considérable. Mais ces filles ont parfois des ressources insoupçonnées. On espère ne pas les avoir encore toutes vues.
Ekaterinburg 70%-30% Bourges