Revenu en NBA la saison dernière après avoir cartonné en Chine pendant le lock-out, J.R. Smith sera pour la deuxième saison consécutive, le 6e homme des New York Knicks. Joueur au talent indéniable, détenant l’un des plus beaux gestes de la ligue, l’arrière, spécialiste du shoot a connu des hauts et des bas durant toute sa carrière. Réputé comme un joueur au caractère fort, zoomons aujourd’hui sur ce joueur si énigmatique.
Earl Smith Jr. (père du joueur des Knicks) a tout fait pour que son fils ait une carrière de basketteur. Ancien joueur de bon niveau en High School, ses fréquentes querelles avec ses coachs ont définitivement mis un terme à ses espoirs de jouer professionnellement. Peu importe, son fils suivrait cette voie. Dès sa naissance en 1985, sa chambre était pleine de jouets à l’effigie du basket-ball. Dès ses 3 ans, il tirait des lancers-francs avec un geste quasi-parfait, constamment corrigé par son paternel. A son 5ème anniversaire, J.R. Smith travaillait déjà le pick n’ roll avec son petit frère Chris (fraîchement signé par les Knicks lui aussi). Avec ses fils, Earl a passé son temps à travailler l’attaque, encore et encore comme il s’en explique auprès du site grantland.com.
« La défense a été la dernière chose que je leur ai apprise, car quand tu es débutant, tu peux jouer au basket-ball même sans défense. »
L’apprentissage a porté ses fruits. J.R. Smith, est maintenant un shooteur incroyable, doté de moves offensifs très techniques. Et pourtant… Malgré tout ce talent, le joueur a toujours été au coeur de controverses diverses.
Dès l’âge de 12 ans, J.R. Smith fut repéré par John « Pott » Richardson, coach de High school dans le New Jersey. Smith dominait alors toutes les ligues de jeunes du coin. Son physique fut vite remarqué et son premier surnom apparut : « The Court Rat ». Richardson le recruta très vite au collège de Lakewood où il laissa un très bon souvenir : « il est le seul gamin que j’ai coaché, qui faisait déjà plus d’1,90m et qui pouvait jouer aussi bien à l’extérieur ». Le shoot du rat des courts, fut en effet très vite remarqué. Sa capacité à marquer de partout, et même parfois plusieurs mètres derrière la ligne à 3 points fit vite parler d’elle dans tout l’Etat.
Mais ce n’est pas tout, en plus d’être un basketteur accompli, Smith faisait aussi partie des stars de l’équipe High School de football américain. Capable de jouer partout (receveur, linebacker, cornerback, safety, et même quarterbarck), ses talents étaient incroyables. Selon Nick Ermita, alors coach de l’équipe de football :
« Il a bien fait de choisir le basket, mais voilà maintenant 20 ans que je coache le football, et il aurait définitivement pu se faire une place en NFL. »
De plus, il traînait derrière lui une réputation de good kid, un gamin qui avait toujours le sourire, et qui ne rechignait jamais à travailler. Cependant, Pott Richardson reçut un véritable coup de poignard. Sans rien dire à personne, J.R. Smith quitta Lakewood pour aller jouer au basket au collège de St. Benedict, à Newark. Aucun membre de la famille Smith ne se sera jamais expliqué avec le premier coach de J.R. pour lui annoncer ce départ vers un collège plus prestigieux. Richardson a depuis pardonné son poulain, mais ce fait souligne le côté énigmatique et paradoxal de la personnalité de J.R. Smith.
Pressenti dans un premier temps pour jouer avec la légendaire université de North Carolina, peu de gens imaginaient que Smith pourrait sauter la case NCAA pour tenter sa chance dans la grande ligue à seulement 19 ans. Remarqué dans un premier temps lors du match All-American de McDonald’s (co-MVP avec Dwight Howard), puis au Nike Hoop Summit, Smith pris son courage à deux mains, et s’inscrit à la draft 2004. Dan Hurley, ami d’Earl Smith, et premier mentor de J.R. soulignait alors la maturité du joueur :
« J.R. ne demandait jamais rien. Un paquet de joueurs talentueux de son âge deviennent vite des prima donnas. J.R. vit encore sur la campus et ne se couche jamais après onze heures du soir. Il n’est pas l’un d’eux. »
Smith reçut quand même un match de suspension lors de sa dernière année à St. Benedict, quand, avec un coéquipier, il quitta le campus sans autorisation, afin d’avoir une nouvelle coupe de cheveux pour le match du soir. Une broutille de jeunesse, peut-on se dire…
J.R. Smith au McDonald’s All-American (source bleacherreport)
L’aventure NBA commença en 2004 pour J.R. Smith. Drafté en 18e position par les Hornets de New Orleans, le rookie vécut une saison difficile : 64 défaites pour les frelons cette saison là, dans une équipe qui pratiquait délibérément le tanking. Pendant que J.R. Smith s’acharnait aux entraînements, ses coéquipiers plaisantaient dans les vestiaires après une défaite. Une façon de faire difficile à accepter pour J.R..
Earl Smith a alors beaucoup reproché à Byron Scott, coach des Hornets à cette époque, de ne pas s’être assez occupé de son fils dans cette situation. Malgré une saison à 10,4 points, Smith affichait un pourcentage inférieur à 40 au shoot. Ce fut la première fois de sa carrière qu’il connut des problèmes de confiance. Sûrement un tournant dans la carrière de J.R. Smith.
Sa deuxième saison ne se déroula pas beaucoup mieux. Après l’ouragan Katrina, les Hornets se situaient cette saison là entre la Nouvelle-Orléans et Oklahoma City. Les aléas géographiques et l’arrivée de Chris Paul continueront à détériorer la relation entre J.R. Smith et Byron Scott. Le coach ne s’intéressait apparemment alors plus qu’à CP3, délaissant totalement son sophomore spécialiste du shoot extérieur. La situation ne pouvait pas durer, et Smith se confia alors dans la presse, affirmant au Times-Picayune ne plus vouloir rester aux Hornets. Sa demande fut exaucée l’été suivant. Transféré dans un premier temps aux Bulls en compagnie de P.J. Brown, contre Tyson Chandler, il fut directement envoyé aux Nuggets contre deux 2nd tours.
Cette année là fut une année très critique pour les plus jeunes NBAers, accusés d’être encore bien trop immatures pour la grande ligue. J.R. Smith, après ses déclarations sulfureuses au journal local de la Nouvelle-Orléans, était en effet, en ligne de mire. Cette année là, David Stern décida ainsi que les joueurs américains devraient maintenant avoir plus de 19 ans tout en rajoutant l’obligation d’avoir joué une saison au moins, après la High School, afin d’arriver mûrs en NBA. Fini donc, les phénomènes comme Kobe Bryant, Kevin Garnett ou encore LeBron James, qui sautaient directement la case NCAA pour devenir pros plus vite. J.R. Smith se devait donc de vite rebondir pour ne pas tomber dans les comparaisons avec Leon Smith, star de High School, qui n’aura au final joué que 15 matchs en NBA en raison d’une mental bien trop faible pour jouer aussi jeune avec les grands.
Heureusement, l’arrivée à Denver aura été salvatrice, et George Karl jouera le rôle du mentor qui manquait à Smith aux Hornets. L’arrière d’1,95m a aujourd’hui définitivement fait ses preuves. Toujours spécialiste du shoot à 3 points, il a réellement un rôle à jouer en NBA. Cela dit, J.R. a changé de réputation au cours de sa vie. Vu comme un joueur très assidu et travailleur pendant sa jeunesse, il est aujourd’hui vu comme un joueur à problèmes qui refuse de défendre et qui manque de maturité. Beaucoup se rappellent en effet de son rôle dans la bagarre qui avait éclatée en 2006 face aux Knicks, qui lui avait valu 10 matchs de suspension. Impliqué, puis condamné dans deux histoires d’accidents de voitures dus à la vitesse, J.R. ne s’est pas montré non plus des plus malins sur les réseaux sociaux où il a pu de nombreuses fois montrer des signes d’appartenance au gang des Bloods, sans oublier la fois où sans réfléchir, il postait une photo des fesses nues de sa copine.
Smith restera donc une vraie énigme, et il est légitime de se demander quelle carrière il aurait eu, s’il avait pu prendre le temps de mûrir en NCAA avant de découvrir la NBA. Âgé maintenant de 27 ans, on peut se dire qu’il restera sûrement maintenant toute sa vie un grand enfant au talent exceptionnel.