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Interview réalisé par le journal Le Parisien

 

Avant les premiers JO de sa carrière, Tony Parker, meilleur joueur français de l’histoire, a rencontré nos lecteurs dimanche. Il n’a éludé aucun sujet.

 

Il tient toujours ses promesses. Depuis deux ans, Tony Parker avait manifesté le souhait de se confronter aux questions des lecteurs du « Parisien » - « Aujourd’hui en France ». Accaparé par l’équipe de France, opposée le 29 juillet aux Etats-Unis pour son entrée en lice aux JO de Londres, son camp de basket à Fécamp et d’autres obligations, il a pourtant réussi, dimanche dernier, à dégager un créneau. A quatre heures d’un match préparatoire face à l’Espagne (70-75), il s’est alors confié, sans manier la langue de bois, dans un salon d’un hôtel proche du Palais omnisports de Paris-Bercy. 

 

SA CARRIÈRE, SON SPORT

 

ANNE-CÉCILE GALLOY. Vous êtes un modèle de réussite aux Etats-Unis. Quel est votre secret ? 

 

J’ai grandi avec deux cultures. 

La nationalité de mon père m’a apporté la confiance en moi. Enfant, je disais que je voulais jouer en NBA. A l’époque, il n’y avait pas de meneur européen dans cette compétition. Je suis le premier à avoir réussi. En France, on disait que je me la racontais. J’étais alors trop américain… C’est marrant, chez les Français, il y a parfois un manque de confiance, une peur de la réussite. Ce que j’apprécie dans la culture française, c’est de rester humble. Le plus dur quand on arrive au top, c’est d’y rester, de continuer à travailler dur pour repousser les limites. Plein de basketteurs sont plus talentueux que moi. Mais ils n’ont pas mon mental.

 

Vous portez toujours le n°9 ? 

 

Cela a toujours été mon numéro porte-bonheur. Quand j’ai débuté au foot, j’avais le 9 aussi, puis au basket. Dans la Dream Team de 1992, Michael Jordan portait le 9. Je me suis dit : « Je le garde. Il est bien ce numéro! »

 

 

STÉPHANE SIANKAM.  Qu’est-ce que Gregg Popovich, votre coach aux Spurs de San Antonio, vous a enseigné de plus précieux ? 

 

Avec Pop, c’est une longue histoire. Un peu une relation père-fils. Je suis arrivé tellement tôt à San Antonio, à 19 ans. Il m’a pris sous son aile, m’a lancé. Il dirige un peu de façon commando, mais cela me va bien. Il continue à me pousser à devenir un meilleur joueur.

 

 

ANNE-CÉCILE GALLOY. Plus généralement, que vous a appris le basket ?

 

Dans une carrière et dans la vie, il y a des hauts et des bas. Quand tout va mal, j’ai appris à ne pas être trop dur avec moi-même. A ne pas penser que c’est la fin du monde. Et, quand tout va bien, il convient de ne pas trop s’enflammer car cela peut changer très vite. Le basket rend très humble. Un jour vous mettez 30 points et, le lendemain, 4. Il faut toujours essayer de pousser la barre le plus haut possible. Dans ma vie, je fonctionne de la même façon.

 

 

STÉPHANE SIANKAM. Etes-vous stressé avant un match ?

 

Non. Regardez, je réponds à une interview avec vous, alors qu’on joue l’Espagne dans quelques heures. (Rires.)

 

 

FABRICE LAMAMY. Quels conseils donneriez-vous à un jeune basketteur qui rêve de jouer en NBA ?

 

Chaque joueur a sa propre histoire. Il faut mettre toutes les chances de son côté, travailler dur. Quand on remporte un trophée, on fait la fête. Il ne s’agit pas de la bonne vision des choses. Etre sportif de haut niveau, c’est bien d’autres choses. Voici quelques jours, durant un rassemblement caritatif, des enfants de 10 ans m’ont demandé : « Cela fait quoi d’être célèbre? » J’ai répondu : « Je ne joue pas au basket pour être célèbre, c’est une passion. » J’aime le basket. L’argent et la célébrité viennent après. A 10 ans, je ne savais même pas ce qu’être célèbre voulait dire. Je désirais juste jouer au basket.

 

 

SYLVAIN ROURI. Pourquoi le basket ne décolle pas en France ?

 

C’est dans la culture. En comparaison, les Etats-Unis sont fous de sport, l’Espagne aussi. Nous, en France, on se passionne davantage pour la nourriture, les arts… On est des intellos! (Rires.) Nous sommes moins sportifs, mais on progresse grâce au foot. Avec la victoire en Coupe du monde 1998, le sport a commencé à prendre une petite place en France. Mais, en matière de salles et de stades, on a beaucoup de retard. Pour ces raisons, on accueille peu de grandes compétitions. On n’a pas les JO, pas les Championnats du monde. On organise l’Euro féminin de basket (NDLR : en 2013)… Super ! Je rigole !

 

 

Jusqu’à quand pensez-vous opérer au plus haut niveau ?

 

Jusqu’à 36, 37 ans. Cela dépendra de mon corps. Je suis un passionné de basket. Je suis un « student of the game » (NDLR : étudiant du jeu). J’adore regarder les matchs. Le jour où je n’aurai plus envie de progresser, je prendrai ma retraite.

 

 

CYRIL PRINTEMPS. Imaginez-vous revenir jouer un jour en France ?

 

Je garde cette porte ouverte. Pourquoi pas à l’Asvel (NDLR : Il est actionnaire du club) ?

 

 

FABRICE LAMANY. Comment imaginez-vous votre reconversion ?

 

J’aimerais bien être président de club et gérer mes différents business. Pour l’instant, je n’y pense pas trop. En revanche, je ne me vois pas entraîner. Aucune chance. Un entraîneur passe plus de temps à la salle qu’un joueur. Je sais que je n’aimerais pas ça. Plutôt « general manager » pour tenter de trouver les petits jeunes qui vont exploser.

 

LES JEUX OLYMPIQUES

 

FABRICE LAMAMY. Que représentent les JO pour vous ?

 

Un rêve. La première fois que j’ai suivi des JO, c’était en 1992, avec la Dream Team. J’ai commencé à en rêver en voyant Jordan et Magic (NDLR : Johnson) à la télé. Cela m’a donné envie de faire du basket.

 

 

CYRIL PRINTEMPS. En l’absence de Joakim Noah, l’équipe de France est-elle armée pour aller loin dans ce tournoi ?

 

C’est un gros coup dur. Joakim reste un de nos joueurs majeurs. C’est un peu le point central de notre défense, du rebond. Notre équipe change sans lui. Il faut rester positifs. Nous sommes outsiders mais, sur un quart de finale, tout peut se passer.

 

 

ANNE-CÉCILE GALLOY. La France joue les Etats-Unis lors du premier match. Ce match revêt-il pour vous une saveur particulière ?

 

Oui, c’est symbolique. Mon père est américain, ma famille aussi. Petit, je rêvais de jouer contre les Etats-Unis. Pas le premier match. Si on peut les retrouver en finale, comme aux JO de 2000, ce serait sympa. Ce sont les favoris. Après, l’Espagne est la meilleure équipe d’Europe depuis trois, quatre ans. Elle regorge de talents.

 

 

STÉPHANE SIANKAM. Avez-vous été déçu de ne pas être désigné porte-drapeau des Bleus ?

 

Non. Des gens croient que je me suis porté candidat. Lorsque nous nous sommes qualifiés pour la finale de l’Euro 2011, un journaliste m’a demandé si cela me ferait plaisir. J’ai répondu que ce serait une grande fierté. Cela a créé un buzz. Je suis très content que ce soit Laura (NDLR : Flessel). D’autres sportifs le méritaient aussi.

 

 

L’HOMME, SES CONVICTIONS, LA VIE, LE FOOT

 

 

ALEXANDRA MILLE. Etes-vous un homme heureux aujourd’hui ?

 

Oui. J’ai de la chance. Avec tout ce que j’ai vécu, je considère que je suis né sous une bonne étoile, j’essaie d’en profiter au maximum.

 

Etes-vous un cœur à prendre ? 


Non. En ce moment, je suis dans une relation.

 

 

Pour la prochaine présidentielle américaine, soutiendrez-vous toujours Barack Obama ?

 

Je ne le connais pas personnellement, mais je l’ai rencontré plusieurs fois. Barack Obama est un grand fan de basket. Je continue à le soutenir. Je ne suis pas trop la politique, mais je trouve leur job très, très difficile. En plus, ils sont critiqués sans arrêt. Les gens pensent toujours qu’ils pourraient faire mieux.

 

 

SYLVAIN ROURY. En France, aviez-vous une préférence pour un candidat ?

 

Non. Cela fait onze ans que je n’habite plus ici, c’est donc dur de juger. Et puis, je vote aux Etats-Unis.

 

 

FABRICE LAMAMY. Qu’avez-vous pensé du comportement des Bleus durant l’Euro 2012 ?

 

Chaque fois que je reviens en France, j’ai droit à une question sur le foot. On ne saura jamais la vérité, ce qui s’est vraiment passé dans le vestiaire. Mais on ne peut pas avoir ce type de comportement. Plein de jeunes regardent, ce n’est pas un bel exemple. La seule façon de calmer tout ça, c’est de mettre des sanctions. La NBA est très stricte. Tu prends 1 000, 2 000 ou 3 000 $ d’amende pour un retard à l’entraînement, à une réunion. Il y a une discipline. Kobe Bryant (NDLR : star NBA des Los Angeles Lakers) a dit quelque chose sur les homosexuels : il a écopé de 100 000 $ d’amende. La NBA ne rigole pas.

 

 

STÉPHANE SIANKAM. Pourquoi êtes-vous si attaché au maillot de l’équipe de France, au drapeau tricolore ?

 

C’est ma culture américaine. Mon père m’a toujours dit de bien représenter son pays. Nous avons grandi en France, j’y ai reçu toute mon éducation. A l’Insep, j’ai toujours eu cette envie de redonner, car la France m’a tant apporté. Je n’oublie pas d’où je viens. Je ne vais pas vous expliquer que nous jouons pour des clopinettes en équipe de France. A chaque sélection, je gagne zéro. On n’a pas de primes. Enfin, on a une prime si on gagne une médaille. Mais je ne vais même pas donner la somme, vous allez rigoler !

 

 

Dites-le nous... Au foot, les Bleus doivent recevoir 100 000 € chacun pour un quart de finale... 

 

Eh bien, on en a touché 30 000 pour avoir été vice-champions d’Europe ! Je ne joue pas en équipe de France pour l’argent mais parce que j’aime ce maillot. Ce sera toujours ainsi. J’adore jouer avec les Bleus. Je veux gagner des titres. Représenter mon pays est une grande fierté. Boris (Diaw), Nico (Batum) et tous ceux qui sont depuis dix ans en sélection partagent ces mêmes valeurs. Les jeunes nous regardent, c’est important de ne pas faire n’importe quoi. Cela me fait toujours chaud au cœur quand je vois des petits qui portent mon maillot.

 

 

ANNE-CÉCILE GALLOY. Aimez-vous Paris ?


J’avais 17 ans lorsque j’ai signé mon premier contrat pro au PSG. Mes deux années à l’Insep sont à ranger parmi les meilleures de ma vie. Il y avait les amis, Bobo (Boris Diaw) et Ronny (Turiaf).

 

 

ALEXANDRA MILLE. Pourquoi avez-vous inauguré en 2010 un gymnase Tony-Parker à Charenton (Val-de-Marne) ? 

 

C’est un honneur. Trois salles portent d’ailleurs mon nom en France. A Fécamp où j’ai commencé le basket à 9 ans. A Mont-Saint-Aignan car j’y avais joué en minimes. Ensuite Fabrice (NDLR : Canet, le responsable médias des Bleus) m’a demandé pour Charenton. J’ai joué à Paris et je me suis dit que l’idée était bonne. D’habitude, on attend que les gens meurent pour le faire. J’espère que je ne vais pas mourir de sitôt.

 

 

ANNE-CÉCILE GALLOY. Appréciez-vous les restaurants parisiens ?


Je suis allé à la Tour d’Argent il y a peu… Avec la prime de l’équipe de France ! (Rires.) J’adore le fromage et les pâtisseries. Les bonnes baguettes avec le beurre… Pendant l’été, je me fais plaisir. J’ai changé quelques règles en équipe de France, on n’avait pas droit au beurre ni à la mayonnaise. J’ai dit au médecin : « Déjà, je n’y ai pas droit pendant l’année, vous n’allez pas m’en priver aussi en sélection. Sinon, je ne mange plus ! » (Rires.)

 

 

Comment s’alimente un sportif professionnel aux Etats-Unis ?

 

Les Etats-Unis ont progressé dans ce domaine. Beaucoup de chefs français y travaillent. Maintenant, on y mange vraiment bien. Au quotidien, j’ai un chef particulier pour respecter un certain taux de graisses, en dessous de 8%.

 

 

 

 

 

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