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Nous avons eu le grand plaisir d'avoir un entretien avec Mr Eugène Pehoua-Pelema, ancien international et DTN de l'équipe nationale Centrafricaine. Actuellement, Eugène Pehoua-Pelema est consultant sportif résident aux États-Unis. Il a bien voulu répondre à nos différentes questions sur l'avenir du basket-ball Centrafricain en général. Lisez les détails de cet entretien:

 

 

NBB: Mr Eugène Pehoua-Pelema, Bonjour,

 

 

 

E.PP: Bonjour Cyrille et bonjour à tous vos lecteurs

 

 

NBB: Eugène Pehoua-Pelema, vous avez eu un parcours remarquable au cours de votre longue carrière de joueur, vous avez en effet remporté le championnat d'Afrique en 1987 sous les couleurs des Fauves de Bas-Oubangui, ensuite vous avez participé aux Jeux Olympiques de Séoul en 1988 avant de vous consacrer pleinement dans la formation des générations futures. Quel souvenir gardez-vous de ce très long parcours? Sans oublier votre expérience avec l'équipe nationale en tant que DTN...

 

 

E.PP: Toute ma vie j'ai vécu dans ce milieu du basket-ball, de par mon feu Père François Pehoua (Président Fondateur de la FCBB et du Hit Tresor) j'ai eu le privilège de baigner dans ce sport qui m'était servi dans mon biberon vu qu'à 3 ans, je me rappelle encore que mon défunt Père me prenait pour aller à Bouar pour les finales nationales.

 

Très jeune je me suis mis au basket-ball ou j'ai fait mes premiers pas avec comme premier entraîneur mon défunt Père. Je me rappelle encore de la Coupe Gboudoulou (1973) remporte devant Feu Bokassa, à cette époque Abdoulaye Bouba était le meilleur joueur en Benjamin. C'était la grande époque ou le basket-ball centrafricain remportait tout, Redstar 71 (Champion d'Afrique des clubs) puis Hit Tresor 73 et 76 en fit de même. En 1974 la RCA remportait sa première C.A.N (c'était la génération des Gambor, Sanga, Bengue, Pokomandi, Bimale, Feu Ngoko, Ganabrondi, Willibozoumna, Feu Malimaka, Koyou, Kodjo, Serefio, Ngounio, Feu Limbio, Kotta, Larma,Adam,Tekpe, Oumarou....etc). Cette génération de basketteurs marquera ma passion pour le basket.

 

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Après un court séjour à l'extérieur de 1974 a 1982, je reviens sur ma terre natale ou je réintègre le mythique Club du Hit Tresor ou je retrouve Kotta alias Gomez, Oumarou, Kader, Tepke, Ngounio. C'est auprès de ces grands frères que je retrouve l'engouement de ce sport de même qu'avec d'autres de ma génération tels Djimossimta, Feu Mouthe, Bella, Mbongo. J'apprends énormément grâce à ces grands joueurs qui sont spéciaux dans ma croissance de joueur. Il en est de même de certains de nos adversaires d'ASOPT (Zianthe, Soumadjibere, Feu Youfeigane C, Feu Konzegue, Naoueyama, Lavodrama, Goporo F, Kongawoin Ngueza...etc), d'Harlem (Debat M, Ngombe, Mbaye E, Bimale...etc), de Redstar (Feu Latibou G, Feu Latibou A, Nguilibet.......etc), de Munirap (Yanibada A...etc), de Tondema (Goporo A...etc). Il y en a d'autres mais c'est juste pour dire que cette compétitivité de cette époque m'a permis d'élever mon niveau de jeu. Le passage de Chistopher Appel sera déterminant dans ma carrière de joueur et d'entraîneur car c'est lui qui m'a appris une nouvelle manière de jouer ce jeu de même que l'enseigner

 

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La CAN de 1987 et le J.O de 1988 représenteront l'apogée de ma carrière de joueur même si en 1991 nous obtinrent une médaille d'argent aux Jeux Africains du Caire. Ce fut une fierté pour moi de porter le maillot national et de représenter mon pays. Alors que j'étais joueur c'est dès 1982 que j'encadre les catégories de jeunes du Hit Tresor des benjamins à juniors. Cela m'a permis de découvrir des talents tels Feu Malibangar, Feu Lapere, Beyina M, Bengue F, Bengue JJ, Mageot, Bomayako L, Sokambi T, Ngongba, Saragba, Willybiro F, Doubro...etc car la liste est très longue. Le travail de formation m'a aussi permis de participer au perfectionnement de joueurs tels Sato, kossekpa, Lavodrama M, Koundjia Ninja, Mombollet, Souleyman, Siris, Kabara, Kossangue et plusieurs autres encore.

 

Mon passage à la DTN m'a laisse un goût amer et un sentiment d'un travail pas fini. J'étais venu ans le but de grandes choses mais cela ne m'a pas été permis car saboter de l'intérieur j'ai été pousse à la démission mais ce n'est que partie remise.

 

 

 

NBB: L'on se souvient encore en 1987, quand avez soulevé le yassitoungou (Coupe d'Afrique) à Tunis, qu'avez vous ressenti à ce moment précis?

 

 

E.PP: Ce fut un sentiment unique, une grande fierté d'être centrafricain. Je me rappelle que partageant ma chambre avec Kader alias Falcao à cause de ses dribbles déroutants, nous n'avions pas pu fermer l’œil de la nuit après notre victoire jusqu'à notre départ de Tunis. C'est indescriptible et je souhaiterai que les générations présentes puissent vivre un tel moment mémorable

 

 

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NBB: Un mot sur le nouveau bureau fédéral...

 

E.PP: Je ne connais pas vraiment les membres du bureau à 2 exceptions près. Je pense qu'on voit le maçon au bord du mur, je ne peux que leur souhaiter le meilleur car je suis un centrafricain et de plus un Bamara fier de l'être.

 

 

NBB: Que faites-vous en ce moment depuis votre départ de la Direction Technique Nationale? Et si la République Centrafricaine veut élargir votre rôle auprès de l'équipe nationale, que diriez-vous? Seriez-vous prêt a accepter un nouveau défis?

 

 

E.PP: Depuis mon départ de la DTN, j'essaie de ne pas perdre la main donc je m'arrange à travailler bénévolement avec le staff de certaines universités de la place. Je fais aussi de la consultation pour plusieurs pays africains en particulier en aidant pour le recrutement dans des établissements universitaires et lycées américains, je participe aussi à des émissions sur "La Voix de Amérique" et j'écris aussi sur des websites en tant que consultant.

 

Mon pays a toujours été ma priorité et lorsque m'était offert la position de DTN j'étais comble, j'étais convaincu que j'allais contribuer a reconstruire la maison basket du Centrafrique. Cet engouement a été de courte durée. Je suis prêt à accepter d'autres défis si toutes les conditions sont réunies car je suis un passionne.

 

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NBB: Quel avenir pour le basket-ball Centrafricain? Sur le plan national ainsi qu'international...

 

 

E.PP: Pour le moment, notre basket est en chute libre sur le plan national, le niveau y est très faible à cause du peu d'engouement que cela suscite chez les jeunes. Cela est est du à la déliquescence totale de la fondation de notre basket. Nous avons des lacunes à tous les niveaux: faible formation des joueurs, des arbitres, des officiels de tables, des administrateurs du basket-ball et des infrastructures inexistantes pour sa pratique. Le Centre de Basket est souvent vide, cela interpelle les amoureux du basket que nous sommes.

 

Sur le plan international, notre désorganisation nous fait défaut depuis près de 30 ans (exception faite en 1987 et 1991). Un pays comme l'Angola qui ne possède pas autant de talents que nous n'a plus quitte le podium depuis 1983 remportant l'or 10 fois, l'argent 3 fois et le bronze 2 fois. Cette année sera la première fois que l'Angola ne participera pas à une Coupe Du Monde ou un J.O. Notre pays n'est plus monte sur le podium depuis 1987 pire nous n'étions même pas dans le dernier carre.

 

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Nous devons tirer le signal d'alarme car la génération Sato, Koundjia, et les autres est partante et derrière il n'y a pas grand monde ayant l’expérience des compétitions internationales. Il faut s'en inquiéter.

 

 

NBB: Quel projet comptez-vous réaliser pour l'avenir du basket-ball Centrafricain?

 

 

E.PP: Personnellement je suis en train de penser à mettre en place "la Fondation François Pehoua" qui aura pour but d'accompagner le développement du basket-ball dans notre pays. Au travers de cette formation, il sera organise des camps de basket pour les joueurs de même que des cliniques pour les entraîneurs, les arbitres, les officiels de table, mais aussi des séminaires pour les administrateurs du basket-ball.

 

 

NBB: Comme propose certains, Pensez-vous que l'équipe nationale Centrafricaine doit s'abstenir pendant 4 ans sur le plan international pour se refaire la santé?

 

 

E.PP: Je pense que ce serait la plus grande erreur que l'on pourrait faire. C'est vrai que l'équipe Nationale c'est la vitrine de notre basket. L'équipe Nationale c'est aussi ce qui fait rêver les jeunes qui veulent pratiquer ce sport. L'absence de l'équipe Nationale à l'Afrobasket dans les prochaines 4 années seraient un arrêt de mort pour notre basket d'autant plus que notre football monte en puissance. Quel jeune alors s'intéresserait encore au basket?

 

Si nous ne participons pas aux compétitions continentales les 4 prochaines années, il faudra plus de 20 ans pour relever notre basket car la génération Sato sera fini or on s'aguerrit en jouant contre les autres Nations. Je déconseillerai cela à la Fédération, c'est la plus mauvaise idée que j'ai entendu. Je tiens à rappeler que l'Angola est arrive dans l'Afrobasket en 1980 (elle termine 7eme), puis en 1981 (8eme), après à partir de 1983 elle est toujours monte sur le Podium. Nos résultats sont la résultante d'une mauvaise organisation depuis d'un peu plus de 30 ans, notre basket a vécu sur la Fondation construite par Feu François sans y apporter les aménagements nécessaires pour son évolution.

 

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Notre Équipe Nationale aurait du remporter la médaille sinon monter sur le podium de 1983 a 1991, de même que de 2003 à 2011. Ce sont nos lacunes organisationnels qui nous empêchent d'atteindre le sommet. Notre non-participation l'Afrobasket ne changera pas cette donne.

 

 

 

NBB: A votre avis le Basket-ball est entrain de perdre sa place dans le cœur des Centrafricains? En laissant la place au Football?

 

 

E.PP: Je ne dirai pas cela, mais il faut reconnaître que la nature a horreur du vide. Nous devons réagir pour relancer cette discipline. Je tiens a rappeler un passage biblique sur la parabole des talents (Mathieu 25:14 a 30). A force de négliger notre talent qu'est le basket, nous risquons de le perdre. A bon entendeur salut

 

 

NBB: Beaucoup de Centrafricains disent que le Basket national est dans le rouge, que pensez-vous? Que faut-il faire pour sauver ce sport Roi?

 

 

E.P.P: Effectivement nous sommes dans le rouge en constatant le niveau bas de notre basket sur le plan national, or nos joueurs talentueux doivent sortir de ce même championnat national. A l'époque ou j'étais DTN, j'avais propose ceci:


Redynamiser le basket-ball scolaire (primaire et secondaire) et universitaire

Redynamiser le basket-ball de proximité (Streetball: Basket-ball du quartier)

Reformer le Championnats de toutes les ligues nationales et dans toutes les catégories

Organiser des camps pour joueurs

Organiser des cliniques pour entraîneurs

Séminaires pour arbitres et officiels de table

Constructions de terrains en plein air et couvert

Ouverture D'un Centre De Formation/Programme Basket-Études

Organisations de Tournois Amicaux ou Officiels en Clubs et en Nations

Étude d'une ligue semi-professionnelle a moyen terme

Voici les grandes lignes a suivre.

 

 

 

NBB: Quels sont les chances de la Tunisie aux Jeux Olympiques de Londres? En sachant qu'elle se trouve dans un groupe très relevé avec les USA, la France, l'Argentine etc...

 

 

 

E.PP: J'ai beaucoup de respect pour la Tunisie et le Coach Atlati qui ont bosse dur pour amener leur Équipe la ou elle se trouve. Au vu de leur préparation et de leurs matchs de préparation ce ne sera pas facile pour eux mais comme le terrain commande, attendons de voir ce qui se passera.

 

 

 

NBB: Les Supers Eagles du Nigeria font honneur à l'Afrique depuis quelques jours au Tournoi Qualificatif Olympique qui se déroule en ce moment au Venezuela, un mot sur cette équipe qui semble être la meilleure en ce moment sur le continent Africain....


 

E.PP: Le Nigeria est la Nation africaine qui possède le meilleur potentiel humain en basket-ball et dans tous les autres sports. Ils sont quand même 180 millions, pour peu qu'ils soient organises, cette Nation devrait dominer le basket-ball africain et être parmi les 3 meilleurs dans le monde. Ce serait dans l'intérêt de notre continent que ce pays prenne ses responsabilités pour occuper la place qui est sienne.

 

 

 

NBB: Un mot sur la défaite du Nigeria face à la Russie...

 

 

E.PP: J'ai malheureusement vu la défaite du Nigeria face a la Russie. C'est dommage car elle en avait les moyens mais elle n'a pas su défendre sur les pick and roll occasionnant près de 17 tirs a trois-points réussis (51 points) par les russe. C'était trop et ils ont fait trop de pertes de balles même s'il faut reconnaître que l'arbitrage n'était pas très juste a leur égard.

 

 

 

NBB: Depuis quelques années, Romain SATO est le seul joueur Centrafricain évoluant au très haut niveau, quel relève après SATO? Qui est-ce qui n'a pas marché pour les autres joueurs de cette génération dorée qui n'ont pas réussi à atteindre le très haut niveau?

 

 

 

E.PP: C'est vraiment dommage pour cette génération dorée. Personnellement, je pense que la réussite de Sato est du a son travail soutenu. C'est ce qui a manque aux autres car certains étaient plus doués que Romain, d'autres ont été limites par les blessures, par le manque de motivation. Une chose est sure, nous devons travailler pour que nos basketteurs puissent évoluer dans le grappin mondial si l'on veut être compétitif au plus niveau

 

 

 

Romain SATO avec l'équipe nationale Afro Basket Egypte 2003

 

NBB: Quel joueur Centrafricain vous a t-il le plus marqué durant votre longue carrière de formateur?

 

 

E.PP: Il y a en plusieurs: Feu Cooper (Smooth Operator, le plus élégant), Beyina (Le plus détermine, La Chaise), E Kimoto (Le plus Fondamental), Sato (Le plus Travailleur), Ninja (Le plus doué et le plus béni naturellement), Ngongba (Une force de la nature), F Bengue (Le plus athlétique), Jr Pehoua (Le plus complet), L Bomayako (Le plus adroit), Mageot (Le Pivot le Plus versatile) mais il y en a d'autres.

 

 

 

NBB: Miami Heat mérite son titre de NBA? Et pensez-vous que LeBron James peut-il un jour détrôner le "sa majesté" Michael Jordan?

 

 

 

E.PP: Miami était tout simplement la meilleure équipe des play-offs avec un super Lebron James. Pour moi, il n'y a pas de meilleur de tous les temps mais meilleur d'une génération. Je pense que Lebron possède tout ce qu'il faut pour être meilleur que Michael même si c'est vrai que Michael a révolutionné le basket en volant un peu.

 

 

NBB: Ray Allen à Miami, n'est-ce pas une trahison?

 

 

E.PP: Ce n'est pas une trahison car la NBA est un business. Si Boston n'avait plus besoin de Ray Allen, ils s'en seraient débarrassé sans sentiment.

 

 

 

NBB: A votre avis, l'équipe de France a t-elle les moyens d'être sur le podium aux JO de Londres?

 

 

 

E.PP: Cela va être difficile avec l'absence de Noah, Mahinmi, Beaubois. Je ne comprends pas les choix fait par les sélectionneurs, mais bon tout peut arriver en sport.

 

 

NBB: La Team USA n'est-elle pas trop diminuée par les multiples absences? Quel sera l'adversaire à craindre pour la Team USA lors des JO?

 

 

 

E.PP: Les USA sont un peu diminues dans les secteurs des big-men et aussi leur préparation aura été très courte. Ils vont essayes de compenser avec les contre-attaques et une défense super agressive. Pour eux le danger viendra de l'Espagne, le Brésil et l'Argentine.

 

 

 

 

Interview réalisé par Cyrille NGARIO de News Basket Bêafrika.

 

 

 

 

 

 


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