nba_g_james_580.jpg

La structure salariale de la NBA dans son ensemble est assurément la plus compliquée des quatre ligues majeures nord-américaines. Au baseball, c’est très simple : il n’y pas de plafond. Seulement une taxe à payer aux moins bien nantis quand on fait partie des clubs qui dépensent le plus. La LNH ne représente rien de très complexe pour ses partisans non plus. Un plafond salarial fixe qu’on ne peut excéder sous aucun prétexte. Du côté de la NFL, ça se complique un peu. Le plafond est fixe mais les mécanismes permettant de comptabiliser les dollars, de sauver des sous, de minimiser la valeur d’un contrat sur le court terme, etc... tout ça n’a rien de simple. De plus, les contrats accordés aux joueurs ne sont pas entièrement garantis comme dans les trois autres ligues.

 

Ce qui me ramène donc à mon affirmation originale : le plafond salarial dans la NBA a de quoi causer de sérieux maux de tête. Et ce, même si le nombre de joueurs (une douzaine) que chaque équipe peut embaucher est considérablement moindre relativement aux trois autres ligues mentionnées ci-haut. Je ne m’embarquerai pas aujourd’hui dans les dizaines de particularités de gestion de ce plafond, de peur de vous perdre comme lecteur. Je vais simplement m’en tenir au fait que toutes les équipes, riches ou moins riches, adhèrent à des règles très strictes leur empêchant d’embaucher n’importe qui à n’importe quel prix. C’est selon ce principe de base que le Thunder d'Oklahoma City peut fréquemment rivaliser (et souvent anéantir) les Knicks et les Lakers de ce monde. C’est aussi ce concept qui a empêché ces mêmes Knicks et Lakers d’offrir 40 millions par saison pendant 10 ans à LeBron James récemment pour l’attirer dans leur organisation.

 

Permettez-moi donc de résumer pour vous les équipes qui ont le plus bénéficié du va-et-vient de personnel au cours des 10 derniers jours. Et celles qui entameront la saison 2014-15 avec un peu moins d’optimisme.

 

Les gagnants

 

Cavaliers de Cleveland

 

Quand vous arrivez à convaincre le meilleur joueur actuel de la planète à délaisser le soleil et la stabilité de Miami afin de rentrer à la maison, en Ohio, impossible de ne pas figurer en tête de liste des gagnants. Lorsque ce scénario avait été évoqué par certains experts il y a six mois à peine, personne ne croyait vraiment que c’était un dénouement légitime. Le divorce entre le King et les Cavs en 2010 s’était avéré, disons, pénible. Mais le proprio de la concession, le flamboyant Dan Gilbert, a trouvé les bons mots pour apaiser l’amertume de son ex-vedette et tous avaient sous-estimé l’ampleur du sentiment d’appartenance de James envers sa terre natale. La question demeure maintenant de savoir qui l’entourera pour le début de saison dans moins de quatre mois. Kevin Love, malheureux au Minnesota, semble être la cible convoitée aux côtés de Kyrie Irving pour former le nouveau « Big 3 » dans l’Est, mais les Timberwolves exigent que l’électrisant canadien Andrew Wiggins fasse partie intégrante de toute transaction potentielle.

 

Les Cavs sont présentement réticents devant cette offre et le statut quo est donc de mise. Le dilemme est de taille : échanger un talent immense au grand potentiel (Wiggins) contre une vedette établie (Love) au salaire beaucoup plus élevé et six ans plus vieux. Que diriez-fous à leur place? Moi, pas certain. Si la liste des coéquipiers de LeBron demeure essentiellement la même à l’aube de la nouvelle campagne, Cleveland fera partie des quatre favoris dans une Association Est assez faible mais les chances de les voir tout rafler en 2015 sont réduites. Certes, Irving, Wiggins, Tristan Thompson, Dion Waiters et Anthony Bennett sont talentueux….mais l’expérience du groupe serait très limitée. Mike Miller, grand ami de LeBron tout juste embauché, aidera à ce chapitre mais le noyau du club a encore quelques croûtes à manger.

 

Bulls de Chicago

 

J’en conviens, ils ont échoué en ce qui concerne leur cible principale à l’aube de cette période d’autonomie : Carmelo Anthony. Mais quand on observe la scène de plus près, on se rend compte qu’il ne s’agit pas d’une si mauvaise chose qu’Anthony ait choisi de demeurer dans la Grosse Pomme. La flexibilité salariale des Bulls afin d’apporter d’autres améliorations au collectif aurait été anéantie avec l’arrivée de Carmelo. Ils auront finalement transformé cet argent en deux atouts européens de taille et de talent : Pau Gasol, un espagnol de souche anciennement des Lakers, et Nikola Mirotic, un Espagnol d’adoption qui évoluait avec le Real Madrid. Gasol vient d’avoir 34 ans mais demeure un des gros bonhommes les plus brillants, instinctifs et talentueux du circuit. Quant à Mirotic, on parle ici d’un des meilleurs joueurs au monde à l’extérieur de la NBA la saison dernière. 23 ans, 6 pieds 10 pouces, solide à l’intérieur et efficace du périmètre.

 

 

joakim-noah-pau-gasol-nba-los-angeles-lakers-chicago-bulls2

Bref, ajoutez ces deux bonhommes à Joakim Noah et Taj Gibson et le groupe de joueurs intérieurs des Bulls devient un des trois meilleurs en Amérique. Et n’oublions pas la contribution probable sur le périmètre  de leur plus récent choix de première ronde, le solide franc-tireur Doug McDermott. Le sort ultime de l’équipe dirigée par l’excellent Tom Thibodeau demeure cependant directement lié aux genoux d’un certain Derrick Rose. Après deux saisons perdues pour cause de blessure, la ville des Vents attend impatiemment de voir dans quel état son enfant chéri apparaîtra au camp d’entraînement dans deux mois. Avec Rose en santé pour toute la saison, Chicago deviendra l’équipe à battre dans l’Est cette année.

 

Spurs de San Antonio

 

Les critères de « succès » durant la saison morte à San Antonio sont généralement différents d’ailleurs dans la ligue. On réussit rarement à convaincre les plus gros noms d’émigrer vers l'un des plus petits marchés en Amérique. On ne tente que très rarement de séduire ce genre de joueurs cependant. La clé demeure de préserver ses actifs et de les garder heureux. Souvent, ça implique même de les inciter à accepter moins d’argent afin de demeurer dans un environnement gagnant. Encore une fois, mission accomplie cet été. Le Français Boris Diaw et l’Australien Patty Mills auraient pu encaisser davantage sur leurs belles performances en grande finale en quittant pour d’autres cieux. Les deux ont tout de même choisi de rester au Texas pour des salaires raisonnables, sans plus.

 

 

Quant à Tim Duncan, les craintes de le voir prendre sa retraite après la conquête d’un cinquième trophée ont été rapidement écartées. Ne restait qu’à ramener l’entraîneur-chef et maestro Gregg Popovich au bercail, ce qui est maintenant chose faite. Une prolongation à long terme qui confirme que peu importe ce qui sera fait ailleurs dans le circuit, la conquête du championnat en 2015 passera quand même par cette petite ville texane.

 

Mavericks de Dallas

 

Je les place dans cette catégorie à titre moindre que les Cavs et les Bulls, mais le positivisme est quand même de mise dans l’excentrique univers de Mark Cuban. Pour trois raisons :

 

1) Ils ont réussi à rafler le jeune franc-tireur Chandler Parsons à leurs rivaux de Houston. Oui, 15 millions par saison c’est cher payé mais c’était la facture nécessaire pour inciter les Rockets à ne pas accoter l’offre. Parsons n’a que 25 ans et sa carrière est en pleine ascension.  Il a amassé plus de 20 matchs de plus de 20 points avec Houston l’an dernier.

 

2) Ils ont à nouveau fait l’acquisition du centre Tyson Chandler, un joueur qu’ils n’auraient jamais du laisser filer à New York en 2011. Son apport se mesure au-delà des statistiques. On parle d’un leader respecté et d’un joueur très apprécié au sein de l’organisation des Mavs. A 31 ans, il a encore deux ou trois bonnes saisons à protéger l’anneau avec brio à Dallas.

 

3) Dernier geste mais non le moindre, Mark Cuban a réussi à garder Dirk Nowitzki dans le giron de l’équipe. En soi, rien d’étonnant puisque les deux parties ont une appréciation mutuelle avouée et son retour ne fut jamais remis en doute. Là où Cuban est gagnant, c’est au niveau monétaire. Le charismatique allemand a récolté plus de 22 millions de dollars en 2013-14. Il en gagnera moins de neuf millions la saison prochaine. Il a donc souhaité permettre à Cuban et son état-major d’attirer davantage de bons joueurs pour l’entourer (comme Parsons) l’an prochain. Un coup de maître en matière de flexibilité salariale.

 

Wizards de Washington

 

Et oui, qui l’eut cru. Ils formaient la risée de la NBA il y a quelques années à peine. Les voici maintenant parmi l’élite dans l’Est. Une organisation enfin sur la pente ascendante. Et la prise de décisions hors-terrain, qui frôlait souvent la catastrophe depuis une quinzaine d’années (ex : Gilbert Arenas 6 ans/111 millions en 2008), s’améliore année après année. Les Wizards ont d’abord réussi à garder l’émergent et prolifique centre polonais Marcin Gortat pour cinq saisons (60 millions). Puis, ils ont résisté à la tentation d’offrir trop d’argent à l’imprévisible Trevor Ariza pour le garder sur l’aile, optant plutôt pour le calme et le leadership de Paul Pierce à coût plus modique (2 ans/11 millions). Un vétéran comme Pierce n’aurait jamais pris l’offre des Wizards au sérieux il y a à peine deux ou trois ans. Signe d’un vent de changement positif dans la capitale américaine.

 

Les perdants

 

Lakers de Los Angeles et Knicks de New York

 

Je vous le dis tout de suite, les équipes mythiques des deux plus grands marchés médiatiques américains rateront fort probablement de nouveau les séries en 2015. Les Lakers auraient beaucoup aimé attiré LeBron (peu réaliste) ou Carmelo (plus réaliste) pour jouer aux côtés de Kobe Bryant cette saison, mais ce fut en vain. Anthony aura choisi de demeurer à la maison avec une formation new-yorkaise qui ne va nulle part, optant ainsi pour le plus lucratif contrat à long terme s’offrant à lui. Qu’il aurait été intrigant de le voir se joindre à moindre coût à une équipe comme Chicago. On aurait enfin pu le voir à l’œuvre avec une panoplie de bons joueurs à ses côtés et on aurait obtenu la réponse à l’éternelle question « Peut-on remporter un titre de la NBA quand Carmelo est notre meilleur joueur? ». Car malgré les arrivées de Jose Calderon et du Montréalais/Haïtien Samuel Dalembert dans la Grosse Pomme, les acteurs de soutien de Carmelo sont assurément de second ordre comparé à ceux de LeBron à Cleveland.

 

 

8299936

Quant aux Lakers, Kobe sera le joueur le mieux payé de la NBA cette saison. Vous ai-je précisé qu’il aura 36 ans au début de la nouvelle campagne? Qu’il a déjà 17 saisons pro dans le corps, sans compter les séries d’après-saison et les Olympiques? Et qu’il se remet de deux blessures majeures au cours des deux dernières années? Un peu absurde, non? Surtout avec aucun joueur d’envergure pour l’entourer et lui enlever un peu la pression de mettre le club sur ses épaules. De plus, Pau Gasol a quitté et Steve Nash a admis qu’il sera de retour cette saison principalement parce qu’il est impossible pour lui de renoncer au chèque de 9,7 millions qui l’attend. Jeremy Lin s’amène de Houston mais il ne faudrait pas trop lui en demander. Le réserviste à l’intérieur Jordan Hill demeure avec le club au coût de neuf millions par saison! (Quoi ?!) Et je n’arrive toujours pas à déterminer qui sera le deuxième meilleur joueur du club si Kobe demeure en santé (un gros SI). Ouch! Jack Nicholson est mieux de se préparer, la saison de son club chéri sera longue à Hollywood.

 

Rockets de Houston

 

Le directeur-général des Rockets, Daryl Morey, jouit d’une excellente réputation auprès de ses pairs dans la NBA. On le perçoit comme un DG ambitieux, agressif, brillant et avant-gardiste. Il accumule les joueurs comme des actions à la bourse, réussissant souvent à les transformer en or au fil du temps. Le meilleur exemple à l’appui demeure l’acquisition de James Harden via le Thunder en 2012. En échange, Morey avait alors envoyé Kevin Martin, Jeremy Lamb et deux choix de première ronde à Oklahoma City. Un vol, rien de moins! Puis, en 2013, il réussit à convaincre Dwight Howard de se joindre à la barque en délaissant les millions de plus offerts par les Lakers. Il espérait donc compléter le trifecta cette saison en profitant du départ de LeBron à Miami pour amener à Houston un Texan d’origine du nom de Chris Bosh.

 

Jusqu’à la dernière heure, il croyait avoir son homme. Mais quand Bosh a fait volte-face pour retourner à Miami, Morey n’avait plus de plan B à court terme. De plus, pour préserver sa flexibilité salariale, il a choisi de laisser partir l’agent libre avec restriction Chandler Parsons à Dallas. Ce jeune franc-tireur voué à un bel avenir sera remplacé par Trevor Ariza, à qui je ne fais personnellement pas confiance. Bref, non seulement Houston a échoué dans le dossier Bosh mais débutera la saison 2014 plus faible que l’an dernier dans une Association Ouest sans merci. Avec les forces déjà établies ainsi que l’émergence de Phoenix et Portland, je ne serais pas surpris de voir les Rockets rater les séries cette saison.

 

 

espnapi_ny_a_kidd01jr_576x324_wmain.jpg

Nets de Brooklyn

 

Alors faisons un survol, si vous le voulez bien, de la saison morte traversée par la deuxième équipe de New York. Après une seule saison en ville, l’entraîneur-chef Jason Kidd demande à ses patrons d’obtenir une hausse considérable au niveau de son titre et de ses pouvoirs décisionnels. Les Nets refusent, comme ils se le doivent, quand on considère que Kidd a pris sa retraite comme joueur il y a une saison à peine et que ni son bagage ni sa réputation dans la ligue ne justifie un tel changement. Les gens bien au fait de la situation prétendent toutefois que Kidd cherchait à fuir un navire en train de sombrer et que c’est la technique inusitée qu’il a choisi d’employer pour arriver à ses fins.

 

L’équipe des Nets est vieillissante et son potentiel de plus en plus limité alors que la fondation à Milwaukee (avec la sélection de l’électrisant Jabari Parker) apparaît beaucoup plus intéressante. Alors Kidd dirige maintenant les Bucks. Ensuite, Paul Pierce a quitté pour Washington une seule petite saison après son arrivée. L’émergent et polyvalent Shaun Livingston évoluera désormais à Golden State. Et un Kevin Garnett sur son déclin (voir Kobe Bryant plus haut) est de retour au coût de 12 millions de dollars à l’âge de 38 ans. La pente est décidément descendante dans l’univers loufoque du propriétaire du club, le Russe Mikhail Prokhorov.

 

Heat de Miami

 

Au dernier rang de ce palmarès, la concession chérie de la NBA des quatre dernières saisons. Le propriétaire, Micky Arison et le président Pat Riley, ne peuvent pas vraiment se plaindre. Dwayne Wade les a appelés en 2010 en disant « Je pourrais probablement attirer mes amis LeBron James et Chris Bosh ici à moindre coût et moi-même accepter un salaire réduit pour accommoder tout le monde. Ça vous intéresse? ». Un vrai cadeau tombé du ciel sans avoir à lever le doigt. Quatre finales et deux trophées plus tard, le rêve prend fin. Ils ont été pris de court de voir LeBron abandonner ses deux bons amis et aucun plan B convenable n’existe vraiment pour remplacer le meilleur joueur sur la terre. Dans les circonstances, je dirais qu’ils ont réagi du mieux qu’ils le pouvaient en gardant d’abord Bosh à gros prix (5 ans/118 millions) et Wade pour deux ans (31 millions).

 

Ensuite, ils ont remplacé le King par un ailier polyvalent et professionnel en Luol Deng tout en ajoutant Josh McRoberts et Danny Granger pour du punch sur le périmètre. Tout ça est bien beau, et je crois que le Heat se taillera une place dans le top-6 dans l’Est, mais il est quand même impossible de ne pas les classer parmi les clubs perdants de cet exercice. Non seulement ont-ils perdu le talent et la productivité de James, mais la hiérarchie devient maintenant beaucoup plus fragile. Bosh était un complément parfait à LeBron, mais lui demander de redevenir le mâle alpha dominant qu’il était jadis à Toronto est trop ambitieux. Il ne veut plus trop se salir le nez près du panier et il n’est plus aussi explosif. Wade demeure aussi un problème sur le plan santé. On lui permettait fréquemment de sauter des matchs et de réduire son temps de jeu en saison régulière l’an dernier car Erik Spoelstra était confiant de gagner quand même et pouvait en demander davantage (et probablement un peu trop) à LeBron. Va-t-on encore avoir le luxe de le reposer en vue des séries si l’équipe perd quatre matchs de suite et les séries sont loin d’être assurées ? Pas certain….  On devra composer à Miami avec le spectre de James pendant au moins un an ou deux.

 

 

 

 

Retour à l'accueil