Les Raptors ont des monnaies d'échange pour Kevin Durant... s'ils veulent entrer dans le derby

TORONTO – Pendant au moins quelques minutes, il était permis de croire que ce serait un été relativement calme dans la NBA, un peu comme le veulent les standards de la ligue.

C’était la veille de l’ouverture du marché des joueurs autonomes. Kyrie Irving venait de surprendre tout le monde en optant pour son année d’option avec les Nets, plutôt que de laisser 30 M$ sur la table.

La classe de cette année sur le marché des joueurs autonomes ne semblait pas être l’une des meilleures. L’échange entre les Hawks et les Spurs était intéressant, alors qu’Atlanta a acquis la vedette Dejounte Murray pour le réunir avec Trae Young. Une des questions qui demeurait toujours en suspens était de savoir si les Knicks pouvaient libérer suffisamment de place pour surpayer Jalen Brunson.

Et d’un seul coup, la NBA est redevenue folle.

Jeudi après-midi, quelques heures avant l’ouverture de la fenêtre de négociations des joueurs autonomes, on apprenait que Kevin Durant avait demandé un échange aux Nets.

Quand une vedette, et un des cinq meilleurs joueurs de la NBA, devient soudainement disponible, c’est un évènement dans la NBA. Lorsqu’on regarde leur historique, on peut s’attendre à ce que les Raptors, menés par Masai Uriji et Bobby Webster, se montrent intéressés, mais ils ne seront pas les seuls.

Si vous êtes l’une des 29 autres équipes de la NBA et que vous ne vous préparez pas à soumettre votre meilleure offre au directeur général des Nets Sean Marks, que faites-vous ?

Toronto est aussi bien positionnée que n’importe quelle autre équipe pour entrer dans le derby Durant. La question est maintenant de savoir à quel point l’équipe est sérieusement intéressée à entrer dans la course pour l’ancien Joueur par excellence, deux fois champion et futur membre du Temple de la renommée.

Le plan à long terme a toujours été d’accumuler les espoirs, les développer et maintenir une certaine flexibilité, tout en demeurant patient pour la bonne opportunité de solidifier certains morceaux de leur formation. Ça a fonctionné une fois auparavant et ils sont en position pour le refaire une fois de plus, s’ils le veulent et quand ils le voudront. Ils ont de bons jeunes joueurs sur de bons contrats et ils ont conservé tous leurs choix au repêchage. Mais est-ce la bonne opportunité? C’est ce qu’ils devront décider.

Ce n’est pas la même situation que pour Kawhi Leonard. Ils n’obtiendront pas Kevin Durant pour l’équivalent de DeMar DeRozan, Jakob Poeltl et un choix de première ronde. Oui, KD aura 34 ans et a un historique de blessures, mais contrairement à Leonard, il y a moins de questions au sujet de sa santé actuelle, de son état d’esprit et de son statut contractuel – il reste encore quatre saisons à son contrat.

C’est ce qui rend la situation si fascinante du point de vue des Nets. Contrairement à Anthony Davis, Paul George ou toute autre vedette qui a exigé une transaction à son organisation respective tout juste avant que son contrat expire, Durant a toujours plusieurs années restantes à son contrat. Brooklyn conserve donc un certain contrôle dans cette situation peu enviable.

C’est tout de même un véritable cauchemar pour les Nets. Ils ont sacrifié l’équivalent d’une demi-décennie de choix de première ronde pour James Harden, qui a à peine défait ses bagages avant d’être échangé aux 76ers en retour de Ben Simmons. Vu comme l’un des meilleurs trios à se former, Durant, Irving et Harden auront joué un total de 16 matchs ensemble. Il y a des chances raisonnables que les trois joueurs aient tous joué leur dernier match avec l’organisation.

Les Nets ont peu de raisons de précipiter le processus ou d’envoyer Durant à une destination qu’il préfère – Phoenix ou Miami selon de qui a été rapporté – si ces offres ne constituent pas le meilleur retour possible. La seule manière que cette transaction n’ampute pas Brooklyn pour les années à venir, c’est si les Nets parviennent à obtenir un retour record. Et parions que c’est ce qu’ils demanderont en retour de Durant. Considérant ce qui est en jeu – un talent générationnel toujours aussi efficace et sous contrat pour l’avenir –, difficile de croire que personne ne sera prêt à payer le prix.

Pour ce qui en coûterait aux Raptors, la réponse facile serait de dire que cela dépend des objectifs de Brooklyn. Nous sommes portés à croire qu'Irving voudra suivre Durant et quitter les Nets, mais sans en être certains, c’est difficile de terminer à quel point les Nets seront compétitifs dans un avenir rapproché. S’ils veulent construire une équipe gagnante autour d’Irving et Simmons, un retour dont l’une des pièces maîtresses serait Pascal Siakam aurait du sens pour les deux côtés.

Mais s’ils choisissent de reconstruire, et même s’ils ne le font pas, la conversation risque de commencer avec la recrue de l’année, Scottie Barnes. Son inclusion dans toute transaction devrait être un prérequis pour les Nets s’ils veulent recevoir un espoir de qualité en retour. Si l’ouverture des Raptors pour échanger une future vedette de 20 ans est faible, alors c’est probablement ici que la discussion prendra fin. Ensuite, en plus de Barnes ou Siakam ou OG Anunoby et tout autre joueur qui sera inclus dans l’entente, il y a une question de choix au repêchage. Où se situe la limite de choix à inclure dans la transaction?

Si on évalue le terrain de jeu, les Nets ont envoyé trois choix de première ronde et ils ont interchangé quatre autres choix à Houston en retour de James Harden, et ils voudront certainement récupérer la majorité de ces choix dans l’échange pour Durant.

Dans le camp des Raptors, vous pouvez argumenter dans l’une ou l’autre des directions. Il y a certainement des avantages à se lancer dans le derby Durant, considérant qu’il restera suffisamment de morceaux après l’échange pour prétendre à des championnats. Durant à lui seul place l’équipe dans les discussions : il est aussi bon que cela. Mais est-ce que ça vaut le prix?

Aussi bon Barnes peut-il devenir, les espoirs sont de le voir devenir ce que Durant est aujourd’hui dans le meilleur des mondes. L’échanger, aussi difficile que ce puisse être, est une situation qui peut être acceptable dans ce cas. Là où la situation devient compliquée, c’est d’inclure les autres morceaux pour égaler le salaire de Durant – qui fera 44 M$ la saison prochaine, alors que Barnes ne touchera que 8 M$.

Et tous ces choix au repêchage qu’ils devront envoyer aux Nets? Nous avons vu ce qu’il peut arriver quand une équipe envoie plusieurs choix non-protégés de première ronde. Les Nets l’ont vécu deux fois dans la dernière décennie. L’échange pour Kevin Garnett et Paul Pierce leur a coûté les choix qui sont devenus Jayson Tatum et Jaylen Brown à Boston et outre leur victoire contre les Raptors en séries en 2013-2014, l’échange ne leur a pratiquement rien rapporté.

Maintenant, ce sont les Rockets qui profitent de leur plus récente malchance. Considérant à quel point Uriji et Webster ont été réticents à l’idée de sacrifier le futur et à échanger leurs futurs choix de première ronde, ce genre d’échange ne semble pas correspondre à la vision des Raptors.

Évidemment, toute équipe qui fera l’acquisition de Durant voudra éviter d’échanger les choix après la fin du contrat de Durant. Mais même se départir de trois ou quatre choix est un gros risque. Il faut espérer que Durant reste en santé, ce qui n’est pas une certitude pour un joueur de 34 ans avec des antécédents de blessures importantes. Et il faut espérer qu’il va respecter les dernières années de son contrat, ce qui n’est pas une certitude pour aucun joueur dans cette ligue de nos jours.  

Si cet échange devient un échec, l’équipe est vouée à regarder Brooklyn repêcher de bons joueurs à ses dépens pour les années à venir.

Ce n’est pas une décision facile, mais les Raptors sont en bonne position pour la prendre. Ils peuvent mettre tous leurs jetons dans le même panier. Ils peuvent aussi suivre leur plan et continuer de développer leur jeune noyau et attendre pour une meilleure opportunité, ou à tout le moins une opportunité moins risquée.

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