La NBA Draft 2020, le repêchage de tous les dangers

Historiquement, la Draft de la NBA a toujours été le moment le plus important dans la vie d'une franchise car elle peut changer complètement le visage d'une équipe pour de longues années et aussi détruire un plan de reconstruction en cas de mauvais choix. En une seule soirée, une franchise peut donc perdre gros pendant au moins 5 ans, tout comme elle peut aussi se bâtir à travers un meilleur choix du repêchage.

NBA Draft 2020, un repêchage pas comme les autres

Si l'on se fie aux différentes mocks drafts, on aura un first pick entre Anthony Edwards, James Wiseman et LaMelo Ball le 16 octobre. Sauf que, ces mocks drafts ne sont pas des sciences exactes car elles ne reflètent en rien les vrais choix des équipes. Un autre facteur important est aujourd'hui le manque d'expérience et de compétition de ces trois prospects qui ne comptent aucune participation à la March Madness.

Ajoutant à cela, l'absence de combine et de workouts individuels, autrement dit le processus actuel n'a rien à voir avec ceux des autres années en raison de la pandémie de COVID-19. Ce qui rend la tâche encore plus difficile pour le front-office des 30 équipes limité à de visioconférence sur Skype ou Zoom afin d'analyser les prospects. Souvent cité dans différentes mocks drafts comme étant le potentiel numéro 1 de la Draft 2020, Anthony Edwards qui vient tout juste de quitter l'agence Octagon pour Klutch Sports (agence de LeBron James), manque de maturité dans son jeu. Pour l'avoir regardé durant la saison universitaire avec Georgia, Edwards n'a pas répondu aux attentes et a été même souvent à l'origine de nombreuses défaites de son équipe. Ce manque de maturité, de régularité et de concentration dans sa prise de décision, notamment dans la sélection de ses tirs peut vraisemblablement refroidir des équipes ayant des objectifs élevés dès la saison 2021-2022. Car il va falloir se montrer patient pour l'ancien joueur de Georgia dont l'adresse derrière l'arc n'est pas à la hauteur (29,4%) d'un arrière considéré comme un first pick dans plusieurs mocks drafts. Rappelons que le gamin n'a que 18 ans et continue encore d'apprendre. Est-il déjà prêt pour la NBA ? Je n'en suis pas sûr même si une équipe en totale reconstruction peut miser sur lui dans un projet à long terme afin de l'aider à grandir. Je doute fort qu'une équipe candidate au titre dès la saison prochaine fasse le choix de repêcher Anthony Edwards qui certes à des atouts dans la percussion notamment quand il attaque le cercle, mais à ce niveau, cela ne suffit pas, surtout chez les Warriors qui jouent avec un niveau de pression très élevé compte tenu des attentes. 

James Wiseman est le deuxième joueur dont le nom est souvent cité comme étant le potentiel first pick de la Draft 2020. Sauf que l'ancien protégé du coach légendaire Penny Hardaway n'a pas de compétition dans les jambes. Il se présente à la Draft avec des points d'interrogation. La carrière universitaire de Wiseman a duré trois matchs après avoir été déclaré inéligible parce que la NCAA a découvert que l'entraîneur de Memphis, Penny Hardaway, avait fourni de l'argent pour aider la famille de Wiseman à déménager de Nashville à Memphis en 2017. Il n'a plus joué depuis qu'il a été suspendu par la NCAA. Dans ces conditions, il est difficile pour les équipes de se faire une vraie idée sur l'état de forme du jeune pivot américain de 2m16. Tout comme Anthony Edwards, James Wiseman est très jeune (19 ans très exactement) et manque non seulement de compétition mais également d'expérience car il n'a jamais disputé une saison complète. Sur la forme, c'est un joueur universitaire. Dans le fond, c'est donc un lycéen qu'une franchise va récupérer au soir du 16 octobre. Mais voilà, Wiseman n'est pas Moses Malone, Kevin Garnett, Tracy McGrady, Kobe Bryant et LeBron James, des grandes légendes qui ont rejoint la NBA en étant lycéen sans avoir évolué en NCAA. 

Avec aujourd'hui un processus totalement différent des autres années, des équipes qui aspirent à gagner tout de suite devraient logiquement se tourner vers des prospects déjà prêts physiquement et mentalement pour la NBA. Là encore, je vois bien James Wiseman dans une équipe qui n'est pas pressé de gagner afin qu'il puisse avoir le temps nécessaire de se développer et ainsi enlever toutes les incertitudes autour de ce manque de compétition. Le fait qu'il s'est retiré de la saison universitaire n'a pas permis aux équipes de l'évaluer véritablement. C'est donc un risque considérable pour l'équipe du Top 5 qui osera le repêcher. 

Un des prospects préférés des médias américains est LaMelo Ball. Comme Anthony Edwards et James Wiseman, LaMelo a été cité plusieurs fois comme first pick de la draft NBA 2020. Meneur de formation, le frère cadet de Lonzo Ball (New Orleans Pelicans) ne compte que 12 matchs dans les jambes. Sa santé physique est fragile, même s'il possède un vrai bagage dans sa lecture de jeu, il va falloir du temps à l'équipe qui le sélectionnera. Avec les Hawks de l'Illawara dans le championnat australien, LaMelo Ball qui mesure 2m01 à shooté en dessous des 40% (37,7%) pour une moyenne de 17 points, 7.4 rebonds et 6.8 passes décisives. Si le jeune a certes du potentiel à faire-valoir dans la NBA, le fait qu'il attaque moins le panier et qu'il n'est pas vraiment adroit aux tirs pourraient très vite refroidir certaines équipes. En plus de ça, il va falloir gérer les sorties médiatiques de son père très bavard. Sa récente sortie médiatique au sujet des Warriors en est la parfaite illustration. Une chose est sûre, n'attendez pas à voir LaMelo Ball dominant dès la saison 2021-2022 car il lui faudra du temps pour gagner en maturité dans son jeu et être enfin prêt. Une équipe en reconstruction serait une bonne destination pour lui, même si je reste un peu sceptique quant à sa capacité à progresser. 

La dynastie ou le cauchemar 

Les quatre premiers épisodes récents de "The Last Dance", la série documentaire sur le meilleur joueur de tous les temps Michael Jordan et les Bulls de Chicago, six fois champions NBA montrent à quel point les choix de draft sont ultra-importants dans la vie d'une franchise. Sans le travail très pointilleux du défunt General Manager Jerry Krause de 1985 à 1998, on aurait peut-être pas parler aujourd'hui d'une dynastie des Bulls de Chicago. Les nombreux choix minutieux de Krause qui n'ont pas forcément fait l'unanimité à l'époque auront permis à la Franchise de l'Illinois de remporter six titres de champion NBA entre 1991 à 1998 dont un three-peat historique (1991, 1992, 1993).
Krause eut deux trouvailles lors de la draft 1987 : Scottie Pippen, un ailier athlétique issu de l'université centrale d'Arkansas et Horace Grant, un ailier fort rugueux issu des Tigers de Clemson. Les deux joueurs furent, avec Jordan, les artisans du triplé remporté par les Bulls de 1991 à 1993. En tant que GM, Krause a également été celui qui a fait venir Phil Jackson aux Bulls comme assistant coach auprès de l'ami de Jordan, un certain Doug Collins avant de prendre une décision difficile de propulser Phil Jackson comme entraîneur-chef et de faire venir ensuite l'ancien membre des "Bad boys" des Detroit Pistons, Dennis Rodman en 1995. Avec des acquisitions de Ron Harper, et de plusieurs joueurs sous-cotés dont Steve Kerr, Luc Longley, les Bulls remportèrent 72 rencontres, un record NBA qui ne sera battu que vingt ans plus tard par les Golden State Warriors. Krause fut nommé NBA Executive of the Year pour la seconde fois. Voilà l'un des exemples les plus marquants d'un general Manager qui sait faire de bons choix.

Les Bulls de Chicago ne sont pas la seule franchise a avoir réalisé de bons choix lors d'une soirée de repêchage. L'histoire nous rappelle que les Warriors de Golden State, la meilleure équipe NBA de la dernière décennie s'est également bâtie à travers de bons choix de la draft. On pense au trio All-Star Stephen Curry-Klay Thompson-Draymond Green qui nous rappelle étrangement le trio légendaire des Bulls des années 90 formé par Michael Jordan-Scottie Pippen-Dennis Rodman. On oublie pas non plus les Houston Rockets avec le choix du pivot légendaire nigérian Hakeem Olajuwon en première position du repêchage 1984. Ce choix avait complètement changé le visage des Rockets de 1984 à 1995, car la franchise texane avait remporté à trois reprises la Conférence Ouest (1986, 1994 et 1955) et à deux reprises consécutives le Trophée Larry O'Brien (titre de champion NBA) en 1994 et 1995. On comprend à quel point le repêchage est un moment très délicat dans la vie d'une franchise.
Dans l'histoire de la NBA, chaque règne au sommet a été construit autour d'un choix de la draft. De Larry Bird avec les Boston Celtics, Magic Johnson et Kobe Bryant avec les Los Angeles Lakers, Michael Jordan-Scottie Pippen avec les Bulls, Stephen Curry-Kaly Thompson-Draymond Green avec les Warriors, LeBron James-Kyrie Irving avec les Cleveland Cavaliers sans oublier Tim Duncan-Manu Ginobili-Tony Parker avec les San Antonio Spurs, Isiah Thomas avec les Bad Boys des Detroit Pistons, Dwyane Wade avec le Miami Heat et Dirk Nowitzki avec les Dallas Mavericks ect...

Des incroyables ratés dans l'histoire de la draft 
Si le repêchage de la NBA a souvent permis à de nombreuses équipes NBA de jouer les premiers rôles par le passé, les seize derniers repêchages ont tout autant choqué la planète NBA. On se souvient notamment de la sélection de Darko Milicic derrière LeBron James en 2003 comme choix n°2. Contre toute attente, Milicic qui n'a jamais réussi à se faire une place dans la NBA (il est devenu boxeur) a été choisi en deuxième position par les Detroit Pistons pour les Memphis Grizzlies, et ce devant des futures All-Stars comme Carmelo Anthony, Dwyane Wade, Chris Bosh, David West et Kyle Korver excusez du peu. Ce n'est pas tout, depuis 2003 à 2019, de nombreux directeurs généraux se sont complètement trompés dans leurs choix en sélectionnant des prospects qui pour la plupart ne sont plus dans la ligue et qui ont été des véritables cauchemars financiers pour ces équipes. De New York à Brooklyn en passant par Orlando Magic, les Philadelphie Sixers, les Charlotte Hornets, les Toronto Raptors, les Cleveland Cavaliers, les Portland Trail Blazers, les Boston Celtics, les Los Angeles Clippers, les Milwaukee Bucks, les Phoenix Suns, les Lakers, les Detroit Pistons, les Warriors de Golden State, les Hawks d'Atlanta, Minnesota Timberwolves, les Washington Wizards et les Sacramento Kings pour ne citer que ceux-là se sont tous trompés dans un passé récent dans leurs choix du premier tour dont pour certains des lottery picks. 

Ainsi de Darko Milicic à Gregg Oden en passant par Andrew Bynum (hors du radar), Marvin Williams (n'a jamais progressé), Martell Webster (fantomatique), Andrea Bargnani (hors radar), Adam Morrison (fantomatique), Tyrus Thomas, Shelden Williams, Patrick O'Bryant, Mouhamed Sene, OJ Mayo, Michael Beasley, Hasheem Thabeet, Jonny Flynn, Earl Clark, Austin Daye, Ekpe Udoh, Kevin Seraphin, Derrick Williams, Jan Vesely, Jimmer Fredette, Ian Mahinmi, Chris Singleton, Thomas Robinson, Michael Kidd-Gilchrist, Meyers Leonard, Anthony Bennett, Alex Len, Nerlens Noel, Ben McLemore, Shabazz Muhammad, Bruno Caboclo, Jahlil Okafor, Mario Hezonja, Dragan Bender, Marquese Chriss, Thon Maker, Guershon Yabusele, Thimoté Luwawu, Furkan Korkmaz, Brice Johnson, Markelle Fultz, Frank Ntilikina et Mo Bamba, Justin Jackson sans compter de nombreux choix du premier tour de la cuvée 2018 et 2019, il est difficile de mesurer les dégâts financiers et j'imagine qu'aucune franchise NBA aujourd'hui n'est prête à reproduire les mêmes erreurs. 

Les équipes NBA pourraient-elles bien gérer une Draft virtuelle en 2020 ?
À l'heure où le front-office des équipes travaille en sous-marin en raison de la pandémie du COVID-19 et que beaucoup d'incertitudes planent encore sur la suite du processus, notamment sur la tenue ou pas d'un combine et des entraînements individuels avant le repêchage 2020, je doute fort que les fans des Knicks, des Cavaliers, des Kings, des Hawks, Suns, Timberwolves, Pistons, Grizzlies, et Pelicans ect, soient prêts à tolérer une énième erreur qui risque de repousser davantage un projet de reconstruction déjà affaibli par les mauvais choix du passé. Une équipe ambitieuse comme les Golden State Warriors n'aura certainement pas droit à l'erreur lors du repêchage 2020 si elle veut vite reconquérir sa couronne perdue la saison dernière contre les Raptors de Toronto. 

En 2016, vingt six équipes dont certaines ayant des choix de loterie sont passées à côté de Pascal Siakam. En 2011, les Washington Wizards passaient lamentablement à côté de Klay Thompson (drafté en 11e position), Kawhi Leonard (drafté en 15e position) et Jimmy Butler (30e) pour choisir le tchèque Jan Vesely avec le 6ème choix sans oublier Jimmer Fredette (10e position) transféré par les Bucks. À titre d'information, Jan Vesely et Jimmer Fredette ne sont plus dans la NBA même si le premier s'épanouit très bien du côté de Fenerbahçe Ulker en EuroLeague. 

L'histoire retiendra également que les Kings ont laissé filer en 2014 Spencer Dinwiddie (38e) et Nikola Jokic (41e) au profit de Nick Stauskas sélectionné avec le 8e choix. En 2018, l'histoire s'est répétée pour les Kings qui ont préféré Marcus Bagley à la perle rare Lucas Doncic.

Pour le repêchage de cette année, rempli d'étudiants de première année universitaire qui n'ont jusque-là eu aucune expérience de la March Madness (tournoi NCAA) et qui ne vont probablement pas être testés lors du combine et des entraînements individuels, j'ai peur que de nombreux Directeurs  généraux parviennent à garder leurs fonctions dans les prochains mois suivant la Draft. Si malgré l'organisation du combine, des entraînements individuels et des entretiens physiques permettant de savoir si un prospect n'a pas de blessure cachée, certains directeurs généraux parviennent quand même à se tromper, qu'en sera t-il d'un repêchage virtuel limité qu'à des entrevues sur skype et zoom ?

Depuis l'arrêt de la NBA le 11 mars en raison de la crise du coronavirus jusqu'à ce jour, les équipes NBA ont déjà perdu des centaines de millions de dollars. Ces pertes financières déjà colossales pourraient encore s'allonger si des directeurs généraux des franchises venaient à faire de mauvais choix le 16 octobre. Cela aura un impact sans précédent sur les équipes concernées car un choix de la draft, est un engagement de 5 à 10 ans dans la vie d'une équipe. Je doute aujourd'hui avec un paysage économique fragile, des propriétaires soient prêts à tolérer des erreurs supplémentaires dans cette cuvée 2020 qui regorgent tout de même des prospects talentueux certes, certains moins médiatisés mais qui sont déjà prêts à jouer de suite. Parmi eux, il y a des valeurs sûres, des seniors que les équipes connaissent bien déjà depuis le combine 2019, des étudiants ayant une grosse expérience de la March Madness et qui possèdent aussi des stocks nécessaires pour devenir de suite des starters.

Il y a également quelques prospects internationaux qui ont déjà démontré leurs talents durant la saison dernière à un niveau européen. Si un General Manager doit aujourd'hui prendre sa décision en se basant uniquement sur les différentes mocks drafts dont la fiabilité reste à démontrer, il y a de fortes chances que ce dernier fasse de mauvais choix qui pourrait non seulement avoir des conséquences dévastatrices sur l'avenir de la franchise mais également le pousser vers la sortie. D'autant plus, l'on sait bien que seulement trois équipes en NBA (San Antonio, Toronto et Oklahoma City) ont déjà prouvé dans un passé récent leurs capacités à développer des jeunes joueurs. Toutes les équipes en sont pas capables, et de nombreux jeunes de 19 ans draftés haut par le passé avaient du mal à faire une place dans la ligue, certains n'y sont plus. Le Heat de Miami avait attendu patiemment pour signer Kendrick Nunn hors du repêchage 2019. Beaucoup d'équipes s'étaient trompées à propos de Nunn dont le nom ne figurait dans aucune Mock Draft 2019 d'ESPN et de nombreux médias américains. On peut comprendre que certains GM ont tendance à se laisser influencer par les mocks Drafts, et leurs compétences seront incontestablement mises à rude épreuve cette année avec un processus du repêchage totalement nouveau. 

Avec le nombre de prospects très en baisse par rapport au repêchage de l'année dernière, je ne serai pas supris que plusieurs étudiants de première année décident de retirer leurs noms de la liste définitive avant la date limite du 17 août pour retenter leur chance en 2021 au cours d'un processus traditionnel. Une chose est sûre et certaine, je serai en mesure d'établir une liste des équipes au soir de la Draft 2020 dont les Directeurs généraux pourraient se retrouver sur la sellette dans les prochains mois.

Retour à l'accueil