Evelyn Akhator voit le Nigéria dans le Top 10 mondial

LAGOS (Nigeria) - Les trois dernières années ont été triomphales et prospères pour le Nigeria, vainqueur deux fois consécutivement du FIBA Women's AfroBasket, participant à la Coupe du Monde Féminine FIBA 2018 et qualifié pour le Tournoi olympique Féminin des JO de Tokyo. 

Il a fait preuve de talent, de solidité mentale et de puissance, à tel point qu'il n'a plus perdu un seul match sur le continent africain depuis son face-à-face contre le Mozambique lors du premier match du Groupe B de l'édition continentale de 2017, le 18 août à Bamako (Mali). 

Les Nigérianes étaient arrivées à cette compétition en occupant le 42e rang du classement mondial et depuis, elles se sont hissées jusqu'au 14e rang, le tout en l'espace de trois ans. Selon l'ailière-forte Evelyn Akhator, l'une des leaders de cette équipe nationale, elles visent encore plus haut. 

"JE VOIS LE NIGERIA INTÉGRER LE TOP 10 MONDIAL."
- Akhator

Dans un entretien exclusif accordé à FIBA.basketball, Akhator - choisie en 3e position de la '2017 WNBA Draft' par les Dallas Wings - admet que les 'D'Tigress' sont avides de davantage de succès. Elles veulent affronter les meilleures nations du monde et les battre.

Après tout, c'est le seul moyen de se frayer un chemin jusqu'au sommet. 

Pour ceux qui pensent qu'Akhator est trop ambitieuse, il vous suffit de vous rappeler de la confrontation de cette année entre le Nigeria et les USA, champions du monde et olympiques en titre. Les Américaines n'ont dû leur salut qu'à un dernier quart-temps parfaitement maîtrisé, elles qui avaient été menées au score jusque-là. Les Nigérianes étaient passé tout près d'un retentissant exploit

"J'ai beaucoup de respect pour Brittney Griner, car c'est grâce à elle que les USA ont gagné. Elle a été simplement inarrêtable ce jour-là. Il s'en est fallu de peu, mais nous nous sommes en tout cas rapprochées un peu plus de notre objectif," confie Akhator au sujet du court revers 76-71 contre les USA. 

Malgré cette douloureuse défaite, les D'Tigress ont obtenu leur qualification pour les JO de Tokyo 2020 et elles prendront ainsi une seconde fois part à la prestigieuse compétition. 

"Qui ne souhaite pas aller aux JO ? Rien que l'évocation des mots "Jeux olympiques" était pour nous source de grand motivation. Nous ne voulions pas devoir attendre quatre autres années avant d'avoir à nouveau une chance de qualification alors que celle-ci nous tendait les bras."

"J'ai toujours pensé que je prendrais part aux JO, dès mes débuts en sélection nationale. Je suis très heureuse d'y être arrivée. Aller à Tokyo a en soi toujours été un rêve pour moi, car je regarde beaucoup de films japonais et je suis impatiente de m'y rendre l'année prochaine, par la grâce de Dieu."

"Je vois le Nigeria intégrer le Top 10 mondial. Personne n'aurait imaginé que nous nous retrouvions un jour dans le Top 20 et nous voilà actuellement 14es. Je prie pour que nous accédions au sommet très prochainement."

Akhator a été élue dans le "5 majeur" du tournoi continental de l'an passé au Sénégal

Akhator a été élue dans le "5 majeur" du tournoi continental de l'an passé au Sénégal

Les gains des deux dernières éditions du FIBA Women's AfroBasket n'ont pas fait qu'enrichir l'armoire à trophées du Nigeria avec un 4e sacre africain, certes bien loin des 12 titres remportés par le Sénégal ; ils ont surtout permis de rappeler à tous que le Nigeria était là pour durer. 

"C'est très important, ce d'autant que le basket n'est pas un sport aussi populaire au Nigeria qu'au Sénégal. Il était primordial de nous repositionner sur la carte du basket mondial. Dorénavant, les équipes appréhendent de nous affronter," affirme la native de Lagos. 

Pour le Nigeria, 2021 sera une année très chargée, mais Akhator et ses coéquipières sont prêtes à relever les défis qui les attendent. Elles donneront tout sur le terrain. 

"Il faudra savoir écouter son corps et s'entourer d'ondes positives. Je sais que la période entre les JO et le FIBA Women's AfroBasket sera vraiment très courte, mais nous arriverons à garder notre concentration et notre forme physique, en nous focalisant sur notre système de jeu et l'équipe."

Alors que le monde lutte contre la pandémie de la COVID-19, pas mal de choses ont changé, notamment l'absence de basket à travers le monde ces derniers mois. 

"Honnêtement, le basket me manque et je me réjouis de reprendre les entraînements la semaine prochaine. Je me suis astreinte à des séances individuelles et je pense être plutôt en bonne forme pour la reprise."

Toutefois, Akhator a été très occupée au pays, où elle est venue en aide à sa communauté et sert de modèle pour les jeunes filles désireuses de jouer au basket, tout en apportant un soutien logistique via sa fondation. 

Evelyn Akhator voit le Nigéria dans le Top 10 mondial

"La Fondation Benny A est un organisme de bienfaisance à but non-lucratif qui s'implique dans la vie communautaire et dans les activités liées au basket. Cette fondation porte le nom de ma maman, décédée en 2013. C'est la forme raccourcie de son nom, Benedicta Akhator.

"Les services à la communauté se concentrent sur le bénévolat pour nettoyer les routes, les rues, les marchés et les chantiers de construction par exemple. Nous venons en aide aux sans-abri, organisons des visites dans les orphelinats et répondons aux besoins de base des jeunes filles. Les femmes sont très exposées au trafic sexuel et il est important d'informer les gens sur ce genre de pratiques insupportables.

"Dernièrement, les activités liées au basket ont eu pour objectifs de susciter auprès des femmes davantage d'intérêt pour le basket, ainsi que de leur enseigner l'importance de l'éducation et du sport. C'est la mission de la Fondation Benny A.

"J'ai commencé à jouer au basket en 2009 et elle m'a tout le temps soutenue, même quand les moyens faisaient défaut, et je n'ai manqué de rien. Elle est ma source d'inspiration. Elle m'a tellement appris, tout en me traitant comme une princesse. Sa disparition m'a énormément affectée, car elle était ma meilleure amie.

"Les parents doivent permettre à leurs enfants d'aller au bout de leurs rêves, surtout si ce sont des filles. Tout le monde n'ambitionne pas de devenir ce que les parents attendent d'eux. Certaines filles sont passionnées par le sport, mais comme elles ont peur d'être jugées par leurs parents et d'être affublées de drôles de noms, elles abandonnent leurs rêves et elles finissent par le regretter plus tard."

Pour Akhator, le basket va bien au-delà des 40 minutes passées sur le terrain à essayer de marquer des points. 

"Le basket m'a vraiment enseigné l'altruisme et l'acceptation de la défaite. Grâce à lui, j'ai rencontré tant de gens. Il me permet de gagner ma vie et m'a rendue une meilleure personne. Il m'a aidé à obtenir mon baccalauréat et je lui suis très reconnaissante pour ça," dit-elle.

"Quand tout ça sera derrière nous, j'espère pouvoir retourner aux USA pour pouvoir régler quelques affaires avant de revenir en France en septembre et de me concentrer sur la saison à venir."

Akhator et ses coéquipières ont encore une année pour préparer la prochaine grande échéance, l'été prochain, et aller à la conquête du monde à l'occasion des JO de Tokyo. 

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