Pascal Siakam en point de presse à l'Université Laval, lundi

Pascal Siakam en point de presse à l'Université Laval, lundi

QUÉBEC - Il y a un an, Pascal Siakam se présentait dans un relatif anonymat du très grand public au camp des Raptors de Toronto dans l’espoir de solidifier sa place dans le cinq de départ de l'équipe. Un an plus tard, le joueur le plus amélioré de la NBA est propulsé dans un rôle qu’il se dit prêt à assumer : être la première option en attaque des champions en titre.

Le départ fracassant de Kawhi Leonard pour les Clippers de Los Angeles, au lendemain de la conquête du premier titre de la franchise, a accéléré l’ascension de l’ailier camerounais de 25 ans dans un rôle encore inconnu pour lui.

« J'essaie de ne pas trop y penser. J'ai toujours été un joueur d'équipe et ça dépend de mon équipe en fait. J'ai toujours été capable de jouer n'importe quel rôle que mon équipe voulait me donner. Si c'est d'être l'option numéro un, je suis prêt. Je vais me préparer et travailler pour être sûr que si l'équipe demande ça de moi, je peux leur apporter ça », a-t-il assuré à Radio-Canada Sports après un point de presse fort couru au PEPS de l’Université Laval où se tient une partie du camp des Raptors.

« Ce sont différents problèmes, avant c'était d'intégrer le premier 5, maintenant c'est d'être l'option numéro un et l’un des joueurs les plus importants. Je dois prouver tous les jours que j’en vaux la peine », a-t-il poursuivi.

La soudaine popularité de Siakam n’a pas ébranlé son humilité, mais Nick Nurse ne parle pas au conditionnel quand il envisage le rôle qu’occupera celui qu’ESPN a classé la semaine dernière au 22e rang des meilleurs joueurs de la NBA (signe de sa fulgurante progression, les experts du réseau américain ne l’avaient pas placé parmi les 100 meilleurs joueurs l’an dernier).

Mais le Camerounais est conscient que toute la ligue l’aura désormais en point de mire.

« Quand vous obtenez plus de possession et d’occasions, vous dépensez plus d’énergie, et je m’attends à ce qu’il voit plus de schémas défensifs pensés en fonction ce qu’il est habitué. Ça va lui demander plus d’énergie mentale et physique pour les décoder », a expliqué Nurse en point de presse.

« Il y aura des hauts et des bas, mais je veux avoir une vision à long terme quant à sa progression, convient l’entraîneur. Ce sera un long processus. »

L’an dernier, 30 % de toutes les possessions torontoises se terminaient avec le ballon dans les mains de Kawhi Leonard quand il était sur le terrain (et davantage en playoffs), alors que Siakam en utilisait seulement 20 %, au 3e rang de l’équipe.

Un tiers donc des possessions est à redistribuer parmi les joueurs encore avec les Raptors, de Kyle Lowry à Marc Gasol, Fred VanVleet, Serge Ibaka, OG Anunoby et Norman Powell, pour nommer ceux qui devraient être le plus souvent sur le terrain, mais c’est Siakam qui devrait voir la hausse la plus substantielle à ce chapitre, particulièrement en fin de match, dit Nurse.

Conséquemment, l'ailier sait qu’il sera d’autant plus surveillé et qu’en l’absence de Leonard, ce sera lui qui verra le plus de doubles couvertures.

"Ça demande beaucoup si tu veux être l’un des meilleurs pointeurs, a-t-il avoué. Je dois apprendre à marquer des points de différentes façons, après un drible ou juste d’attaquer peu importe ce que la défense me donne et faire le bon jeu peu importe ce qu’il y a devant moi."

Pascal Siakam

Pascal Siakam

Sachant qu’il serait appelé à entreprendre davantage d’action, Siakam a travaillé cet été en particulier sur son maniement de ballon. Polyvalent, il est capable de jouer dans les deux postes d’ailier, mais Nurse s’attend à l’utiliser également comme meneur de jeu par moment, à la manière du joueur le plus utile de la NBA l’an dernier, Giannis Antetoukoumnpo, qui est utilisé comme un couteau suisse par les Bucks de Milwaukee.

« J’ai travaillé sur mon maniement du ballon et sur la façon de réduire les pertes de balle, aussi sur la création de jeu comme ça viendra avec le fait d'avoir le ballon plus souvent dans mes mains. Et évidemment sur mon tir, je dois tenter de développer mes habiletés dans l’entrejeu, et puis continuer de renforcer mon jeu dans la bouteille qui est mon pain et mon beurre », a détaillé Siakam.

Pascal Siakam lors du camp d'entraînement des Raptors à Québec, à l'Université Laval

Pascal Siakam lors du camp d'entraînement des Raptors à Québec, à l'Université Laval

La progression exceptionnelle de Siakam sur un an a confondu la plupart des experts de la NBA, et même l’organisation des Raptors qui ne s’attendait pas à un tel bond. Le Camerounais a affiché une moyenne par match de 16,9 points (contre 7,3 en 2018), 6,9 rebonds (4,5 en 2018), 3,1 passes décisives (2 en 2018) et 36,9 % aux tirs de trois points (22 % en 2018).

Depuis qu’il a été nommé joueur le plus amélioré de la NBA en juin dernier, tous se demandent qui sera le prochain à augmenter de la sorte sa contribution, à tous les points de vue, sur un an.

« Personne ne sera Pascal Siakam!, affirme-t-il en éclatant de rire quand nous lui demandons qui il voit suivre ses traces.

« Je pense qu'il y a beaucoup de talent et des gens qui auront l'opportunité d'avoir ce bond-là, continue-t-il. Moi je ne sais pas, je pense que dans notre équipe il y a OG (Anunoby) parmi ceux que les gens nomment et qui auront plus d'opportunités. »

D’aucuns se demandent, l’auteur de ses lignes le premier, si le sympathique Camerounais, qui pourrait signer cette saison une prolongation de contrat de 170 millions de dollars pour cinq ans, pourrait être le premier à remporter deux années de suite le titre de joueur le plus amélioré. Il aura certainement toutes les occasions de réaliser ce deuxième exploit.

En terrain francophone

Après le défilé historique dans les rues de Toronto, Pascal Siakam est retourné pour la première fois en sept ans au Cameroun pour partager avec parents et amis la conquête du Trophée Larry O'Brien.

Mais après avoir bien pris le temps de savourer la victoire, l’ancien joueur de football a réalisé qu’il devait changer son régime d’entraînement après une saison de plus de 9 mois et de 100 matchs.

"Ça demande beaucoup au corps. Il faut vraiment être intelligent dans la manière que tu travailles. Ce n'est plus la même chose. Au début, j'arrêtais deux ou trois mois pendant l'été, maintenant, c'est juste un mois. Être intelligent et savoir comment travailler, ce n'est plus aller courir tout le temps, mais c'est vraiment être stratégique. Je pense que c'est ce qui a changé pour moi."

Jouant à l’année dans un milieu anglophone, où malgré la présence rare de trois francophones dans le vestiaire sa langue natale est bien peu usitée, Siakam est ravi de passer quelques jours dans le bastion de l’Amérique française.

« Je ne connaissais pas vraiment, j'avais quelques amis à l'université qui venait de Québec, je connaissais un peu, mais pas vraiment, je suis vraiment content d'être là, dit-il d’un large sourire. Je voulais commander de la nourriture à l'hôtel et ils m'ont parlé en français, ça m'a rappelé que je suis dans une ville francophone, et ça m'a fait plaisir! »

Chris Boucher (s’il demeure avec l’équipe), Serge Ibaka et Siakam auront peut-être un quatrième coéquipier francophone puisque le Malien Sagaba Konate est à l’essai au camp.

Ou peut-être davantage, si le cours accéléré de français à leurs joueurs, diffusé sur leurs réseaux sociaux lundi, a porté ses fruits.

Les Raptors n’ont pas encore eu le temps d’explorer la ville de Québec, mais les Torontois ont eu du temps libre à leur proramme lundi pour la première fois depuis leur arrivée dans la capitale.

« Demandez-moi ce que je pense de Québec mardi!», a lancé avec enthousiasme Nick Nurse..

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