La NBA en Afrique, du concret ou de l'utopie ?

Depuis plusieurs mois, la NBA accentue son expansion dans une grande partie d'Afrique économiquement stable. Si certains voient en cette expansion une opportunité pour l'Afrique de se développer, beaucoup ne croient pas en ce rêve. Notre rédaction s'est donc penchée sur cette question très épineuse après deux mois d'enquête pour mesurer l'impact de la NBA sur le futur du basketball africain. 

Avant son implantation en Afrique, la NBA avait considéré l'Afrique du sud, un pays de football et de Rugby comme étant une destination privilégiée pouvant lui permettre d'avoir le monopole du marché africain. Aujourd'hui, cette mission est plus ou moins réussie, car avec le Sénégal comme capitale de la NBA en Afrique et avec l'avènement de la nba.jr et de la Basketball Africa League qui prennent en compte seulement quelques pays africains minutieusement choisis, la NBA s'impose devant la FIBA Afrique qui joue désormais un rôle de lieutenant. 

La NBA mise sur la stabilité économique pour mieux vendre 

Les pays africains qui intéressent aujourd'hui la NBA ont un point en commun : la stabilité économique et un marché lucratif. Ainsi de nombreux pays africains qui ne peuvent rien apporter à la ligue Nord-américaine en terme de marketing se retrouvent snober et n'intéressent ainsi personne.

Officiellement, la NBA en Afrique a un objectif d'aider au développement du basketball africain. Mais il ne faut pas se faire des illusions, la NBA est une grande industrie, une multinationale nord-américaine dont le premier objectif est d'abord de gagner de l'argent. L'Afrique est un continent très vaste et sera bientôt le continent le plus peuplé au monde. La NBA est attentive à cette démographie africaine et sait ce qu'elle représente d'un point de vue financier et humain. 

La NBA a t-elle plus à gagner que l'Afrique ?

La NBA en Afrique, du concret ou de l'utopie ?

Dans ce nouveau partenariat entre la NBA et la FIBA Afrique qui a pourtant longtemps résisté au son de la sirène nord-américaine, on a le droit de se poser de vraies questions sur les intérêts des deux parties.

Il faut d'abord rappeler que la FIBA Afrique a failli à sa mission, celle d'aider les ligues africaines à se développer et à se structurer. Pendant plusieurs décennies, FIBA Afrique a démissionné de son rôle dans nombreux pays africains, ainsi l'on a assisté progressivement à la mort de nombreuses ligues nationales n'ayant pas de moyens matériels, financiers et humains pour se développer. 

C'est là que la NBA, consciente de l'importance du marché africain, du vide laissé par la FIBA, débarque à la conquête de ce berceau de l'humanité rétrogradé au rang des assistés. Sans surprise, l'afrique devient ainsi le premier continent acquis à la NBA. Avec le contrôle de l'ancienne coupe d'Afrique des clubs champions que FIBA Afrique n'a jamais su promouvoir pour en faire une référence mondiale, et avec le lancement de la nba.jr, une grande partie de l'Afrique appartient désormais à la ligue Nord-américaine et c'est le moins que l'on puisse dire. 

Les camps annuels de trois jours dans un pays et les courtes interventions annuelles ne suffiront pas pour développer le basketball africain. Au-delà de ces camps d'été de trois jours organisés par la NBA-FIBA en Afrique du Sud ou au Sénégal, il faut soutenir les fédérations et les ligues nationales afin qu'elles puissent véritablement développer ce sport sur le plan local. Sur tous les joueurs africains n évoluant actuellement en NBA, aucun n'a été formé dans une académie de la NBA, mais plutôt par des entraîneurs locaux. Cela montre à quel point l'afrique ne manque pas des hommes et femmes capables d'offrir à ses enfants une meilleure formation. 

La NBA a annoncé avoir financé pour plusieurs millions de dollars sa future ligue africaine qui démarre en mars 2020, mais personne ignore encore où ira réellement cet argent. La NBA construira t'elle des infrastructures modernes dans les pays choisis ? C'est moins sûr, puisque le choix de ses pays a été fait en se basant sur des infrastructures déjà existantes. À quoi va servir ces centaines de millions de dollars ? Et que deviendront les pays dont aucun club ne prendra part à cette ligue professionnelle ?

Toutes ces questions restent toujours en suspens. La BAL (Basketball Africa League) sera sponsorisé par les marques américaines Nike et Jordan Brand a t-on appris mardi soir. Mais à qui profitera les retombées économiques ? Ni la FIBA Afrique, ni la NBA n'a donné de moindre détail sur ce nouveau partenariat. On sait juste que le NIKE et Jordan Brand habilleront les 12 équipes de la nouvelle ligue avec les maillots officiels des matches, les tenues d’échauffement, les chaussettes et les tenues d’entrainement, avec six clubs habillés en NIKE et les six autres en Jordan Brand. 

A titre de comparaison, l'europe et les autres continents ont aussi signé des partenariats avec la NBA mais n'ont jamais vendu leurs ligues régionales. L'Europe a sa ligue professionnelle depuis plusieurs décennies et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle a su garder son identité et sa culture de jeu. En choisissant un partenariat gagnant/gagnant avec la NBA sans vendre sa marque, l'Europe a préservé sa culture de jeu, son âme et son savoir-faire. 

Aujourd'hui en Afrique, on ne parle plus des ligues nationales toutes affaiblies par le manque de soutien financier et matériel. Il suffit d'aller poser la question aux dirigeants de différents clubs en Afrique et aux joueurs qui évoluent dans les ligues nationales pour se rendre compte de l'immense difficulté qu'ils rencontrent. 

Désormais, tous les regards sont tournés vers la nouvelle ligue africaine appartenant à la NBA. Désespérés, certains y voient une opportunité, celle de toucher du doigt les ambassadeurs de la NBA que l'on a l'habitude de regarder depuis les postes de télévision. Mais dans ce mirage, nombreux sont ceux qui se montrent vigilants et pragmatiques afin de mieux se situer. 

Au départ, l'idée de créer une ligue professionnelle africaine qui regrouperait toutes les meilleures équipes du continent était celle d'un ancien joueur Nigérian, mais confronté à de nombreux blocages, celui-ci a décidé de se ranger derrière le duo NBA-FIBA. Son idée était d'utiliser les sources de financement africaines pour une réelle indépendance.

On ne peut pas parler du développement alors que beaucoup de pays de basketball africain sont aujourd'hui snobés de cette ligue et du projet nba.jr. Le véritable développement viendra des africains eux-mêmes, car la main qui donne, c'est la main qui commande. L'afrique ne manque pas de moyens et n'a pas besoin de se laisser dicter. L'Afrique regorge une jeunesse talentueuse et un continent très riche mais ignore malheureusement son immense potentiel. Le salut ne ne vendra jamais de la NBA, ni de la FIBA, mais plutôt des africains eux-mêmes s'ils décident d'œuvrer ensemble pour l'intérêt de leur continent afin d'offrir une meilleure formation éducative et sportive à leurs enfants.

Avec des nombreux multi-miliardaires africains dans le monde et ses matières premières, l'afrique aurait pu avoir depuis plusieurs décennies sa ligue professionnelle qui lui permettrait de conserver sa culture de jeu, son identité. L'Afrique peut développer des partenariats avec les autres ligues étrangères y compris la NBA, mais rien ne doit entraver son indépendance et ses intérêts doivent être protégés. Beaucoup de spécialistes et observateurs du basketball africain que nous avons consultés pendant notre enquête, pensent plus ou moins la même chose. Le basketball africain ne peut réellement se développer si l'on mise sur une réelle fotmation des jeunes à l'exemple du Mali chez les jeunes, sur les infrastructures à l'exemple du Sénégal et du Rwanda, et sur la formation des entraîneurs, des cadres et des officiels. Le salut ne viendra jamais d'ailleurs, mais de la volonté politique dans chaque pays africain et de notre capacité à travailler enfin en équipe afin de préserver notre identité, notre culture de jeu et surtout nos talents.

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