La République Centrafricaine va t-elle enfin se rendre à l'évidence ?

Quelques mois après avoir gâché ses chances de qualification pour la Coupe du monde masculin 2019, l'équipe nationale Centrafricaine est en phase de reconstruction et pourrait vivre l'un des pires moments de son histoire si la Fédération, la Ligue et les responsables du département du sport du pays ne fassent rien pour bâtir un avenir meilleur que de vouloir toujours sauver les apparences. 

Championne d'Afrique à deux reprises, notamment en 1974 à domicile et en 1987 à Tunis, la République Centrafricaine a connu des années de gloire au sommet du basketball africain, participant à une Coupe du monde et aux Jeux olympiques de Séoul en 1988, mais une décennie plus tard après cette dernière sortie en terre coréenne, le pays a commencé à s'éteindre peu à peu sur la scène continentale. En partie, en raison d'un manque de stabilité politique, la démission de nombreux anciens basketteurs de leurs rôles, le manque de vision à long terme de nombreux présidents de Fédération et de ligue, et surtout un manque d'engagement politique depuis le ministère des sports jusqu'au sommet de l'état. 

Inutile de rappeler ici que cela fait déjà une éternité que les fans du basketball Centrafricain ne savent plus c'est quoi gagner. Ils ne sont pas les seuls, puisqu'au sommet de l'état, on ne sait pas non plus ce qu'il faut faire pour gagner. Chez les anciens basketteurs, on se limite à faire des grands discours et raconter des histoires anciennes qui ne reflètent plus la réalité du basketball moderne. 

Dans ce grand désordre, les opérateurs économiques étrangers et locaux s'enrichissent sans pour autant soutenir véritablement les activités sportives locales.

Sauve-qui-peut : de nombreux jeunes rêvent de la NBA Academy Africa et nous écrivent tous les jours pour savoir comment quitter le pays afin de suivre les traces de Kurt Curry Wegscheider. 

A la Fédération Centrafricaine de basketball, on fait semblant de vivre au dessus de ses moyens et on persiste à sauver les apparences, heureusement grâce à un noyau de joueurs expatriés, car en réalité le basketball Centrafricain s'est éteint depuis déjà une décennie sur le plan local. 

Inutile de dire ici que la ligue de bangui fondée depuis plusieurs décennies vit ses derniers jours si rien n'est fait dans les prochains mois. Chacun fait ce qu'il peut pour sauver les apparences au nez et à la barbe des autorités qui ont depuis démissionné de leurs rôles dans le développement du sport. Les infrastructures modernes sont inexistantes et le championnat local fantomatique pour de nombreuses raisons dont le manque de moyens matériels et financiers, mais on persiste à croire que l'on est encore un pays de basketball. 

Aujourd'hui, ni la Fédération Centrafricaine de basketball fondé par le défunt François Pehoua, ni la ligue de bangui ne peut résoudre à elle seule les problèmes qui minent le basketball Centrafricain. Il faudra une volonté politique réelle des autorités du pays avec la participation active des sponsors locaux et internationaux pour sauver les meubles. Surtout avec l'avènement de la nouvelle compétition de FIBA Afrique à savoir l'AfroCan dont la première édition aura lieu en août prochain à Bamako et qui exige à ce que chaque équipe présente un effectif avec seulement deux joueurs expatriés maximum, la République Centrafricaine saura réellement à quel niveau elle se trouve sur le plan continental. Il sera difficile de faire face à la réalité, celle de se dire que la Centrafrique n'est plus une nation de basketball, car il faudra compter sur des joueurs locaux qui évoluent dans un championnat qui a perdu toute sa gloire depuis plus d'une décennie. 

Snobée logiquement par la NBA Africa pour le lancement de la nouvelle ligue africaine de basketball (Basketball Africa League), la République Centrafricaine, qui fut un temps un grand pays de basketball africain, ne peut crier au scandale car elle ne dispose aujourd'hui d'aucun atout pouvant justifier sa présence dans cette ligue de la NBA en Afrique. Tant sur le plan organisationnel, économique, sportif, sécuritaire et d'infrastructures modernes. Le pays est donc logiquement hors course contrairement à des pays beaucoup plus stables sur tous les plans comme le Rwanda, le Sénégal et l'Angola qui n'ont cessé de progresser. 

Seul Romain Sato a été une vedette au haut niveau, et ce pendant toute sa carrière. A titre de comparaison, le Cameroun, un pays voisin a plus de 20 joueurs au haut niveau. 

Si aujourd'hui sur le plan national, le pays n'arrive plus à former de véritables talents comme ce fût le cas dans les années 60, 70, 80 et 90, à l'extérieur cette tendance se confirme. L'ailier de Mulhouse Johan Grebongo et William Kossangue sont les deux derniers joueurs nés et formés à bangui qui s'appêtent à côtoyer la troisième division française. 

Les binationaux, le futur du basketball Centrafricain ?

A défaut de ne pas former localement, la Fédération Centrafricaine de basketball devra s'appuyer sur des joueurs nés à l'étranger de parents centrafricains dont Destin Damachoua, Evans Ganapamo, Allan Dokossi, Paul Marendet, Bryant Selebangue, et Zacharie Ouango pour ce citer que ceux-là et devra compter aussi sur Johan Grebongo pour l'AfroBasket 2021 qui aura lieu à Kigali au Rwanda.

Pour sa part, le pensionnaire de la NBA Academy Afrca, Kurt Curry Wegscheider doit encore progresser et il faudra lui laisser le temps pour atteindre le niveau d'un candidat crédible pour la Draft NBA. Sachant qu'il va intégrer en août prochain l'université du Nouveau-Mexique aux États-Unis pour entamer une carrière universitaire (NCAA). Depuis Anicet Lavodrama, Romain Sato et Regis Koundjia, jamais un Centrafricain n'a été aussi attendu à ce niveau pour ses premiers pas dans la Division I de la NCAA. Il faut noter que Wegscheider sera le premier Centrafricain depuis ces huit dernières années à fouler le parquet de la division I de la NCAA. Depuis que Eugène Pehoua-Pelema de par son association Sport/Education a fait venir aux États-Unis plusieurs jeunes basketteurs centrafricains dont justement Romain Sato, Regis Koundjia et l'actuel DTN Maurice Beyina. 

Si tout va bien, la République  Centrafricaine devra compter sur Wegscheider pour l'AfroBasket 2021 même si le futur meneur des Lobos du Nouveau-Mexique devra travailler davantage pour atteindre son objectif : intégrer la grande ligue Nord-américaine. 

Avec Romain Sato, Max Kouguere et Maxime Zianveni en fin de carrière, un Jimmy Djimrabaye en fin de progression, un Yannick Zachée qui peine à retrouver son meilleur niveau suite à de graves blessures, un Michael Mokongo disparu des radars depuis un moment, aucun joueur en division I de la NCAA depuis huit ans, de nombreux joueurs évoluant en quatrième division française et aucun côtoyant le haut niveau européen ou américain, la République  Centrafricaine n'a plus le choix que de mener une véritable reconstruction en utilisant de gros moyens. Sans ça, on devra se contenter de parler du basketball Centrafricain au passé. 

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