Alexandre Tourigny revient sur la soirée mémorable à Toronto

Dès que j'ai entamé ma courte marche de l’hôtel vers l’Aréna Banque Scotia, samedi après-midi, je savais que cette journée avait tous les éléments pour être spéciale. À 16 h, soit 4 heures 30 avant la rencontre, la file pour entrer à Jurassic Park – lieu de rassemblement des fans à l’extérieur de l’aréna où sont diffusés les matchs sur écran géant – faisait tout le quadrilatère entourant l’amphithéâtre. Quelques minutes plus tard, un orage s’est abattu sur Toronto. Le bruit de la pluie sur le toit et les nombreux coups de tonnerre ne laissaient aucun indifférent. Vous savez quoi? Tout le monde est resté en ligne malgré tout (certaines personnes étaient mieux préparées que d’autres, j’en conviens). Tout cela pour avoir la chance de vivre un moment historique.

À peine entré dans l’aréna, je pouvais déjà sentir cet enthousiasme et cette nervosité qui envahissaient tout le monde qui gravite autour de l’équipe, que ce soit les journalistes, les membres du personnel des Raptors ou même Marlene, la caissière au comptoir alimentaire, qui me demande lors de chaque match si les Raptors vont gagner ce soir (je lui réponds toujours par l’affirmative, ce qui me vaut chaque fois un « fist pump »).

À quelques heures du match, le parquet est rempli de membres des médias. Tout le monde est là. Ernie Johnson (animateur vedette du basketball à TNT) est tout juste de l’autre côté du terrain avec mes collègues de TSN.  À mes côtés, Stephen A. Smith du réseau ESPN fait son direct en même temps que moi. Le moment était grand pour le basketball canadien et tout le monde s’était déplacé. La tension était palpable.

Alexandre Tourigny revient sur la soirée mémorable à Toronto

Pendant que tous retenaient leur souffle dans l’aréna, les enfants de Kyle Lowry, eux, lançaient tout bonnement au panier à quelques pieds à peine de nous. Karter et Kameron, âgés respectivement de 7 et 5 ans, ne semblent pas être pleinement conscients de l’importance de cette journée.

Ce n’était pas une question de vie ou de mort pour les Raptors. Après tout, il y avait toujours une façon de se reprendre dans le 7e match à Milwaukee, mais valait mieux pour les Raptors de passer en finale dès samedi soir et tout le monde en était bien conscient.

Sur le coup de 19 heures, les portes de l’amphithéâtre s’ouvrent et les fans survoltés y font leur entrée. Quelques minutes plus tard, Charles Dubé-Brais (entraîneur adjoint du Raptors 905 et analyste invité lors des matchs de la NBA à Toronto) vient me rejoindre sur la galerie de la presse. Après les salutations d’usage, il me dit qu’il avait rencontré un de ses collègues et qu’ils s’étaient mis d’accord sur une chose : ne pas oublier de respirer pendant la partie (excellent conseil).

Je ne vous apprendrai rien (du moins, j’espère) en vous disant que les Raptors ont gagné. Vous avez vu les highlights partout lors des 24 dernières heures : les Bucks qui connaissent un 1er quart presque parfait, les Raptors qui reviennent d’un déficit de 15 points avec 2 minutes 18 à jouer au 3e quart et qui renversent la vapeur en inscrivant 26 des 29 points suivants. Et il y a ce dunk, ce majestueux dunk de Kawhi Leonard : un « poster » dans le jargon du basketball aux dépens du Greek Freak, Giannis Antetokounmpo.

Ouiii Papaaaa! Le poster de l'année de Kawhi!

Bucks 94 - Raptors 100
Les dernières secondes ont semblé interminables (en fait, elles l’étaient, littéralement), mais lorsque le cadran a affiché 0 :00, les fans ont explosé de joie et vous savez quoi? J’étais heureux pour eux. Certains d’entre eux, comme le « super fan » Nav Bahtia, ont encouragé les Raptors depuis le tout début. Ils ont vécu l’ère du chandail mauve avec un dinosaure, ils ont vécu les années de vaches maigres de l’équipe, les nombreuses déceptions en séries éliminatoires, dont les balayages aux mains de LeBron James. 23 saisons de hauts et de bas plus tard, les Raptors accédaient enfin à la grande finale, pour leur 24e saison. Ce grand moment sportif torontois pourrait bien avoir des répercussions à travers le pays. Combien d’enfants auront eu la piqûre du basketball en 2019 grâce aux Raptors? À n’en pas douter, l’accession à la finale par les Raptors aura comme effet d’inspirer une nouvelle génération de joueurs de basketball.

S’il y a un moment dont je me souviendrai toujours, c’est la réaction de Kyle Lowry avec quelques secondes à faire au match. À cet instant bien précis, le meneur de jeu de 33 ans a réalisé qu’il allait enfin passer en grande finale. L’émotion était pure; la même qu’on ressent lorsqu’on est petit et qu’on remporte un match important.  Lowry a ensuite pris ses enfants dans ses bras. Ceux-là mêmes qui lançaient au panier quelques heures auparavant sans se soucier de ce qui allait se produire plus tard ce soir-là. J’étais content pour Kyle Lowry, un véritable guerrier et le moteur des Raptors.

« Nous allons gagner et nous allons gagner à Toronto! » - Masai Ujiri

« Nous allons gagner et nous allons gagner à Toronto! » - Masai Ujiri

J’étais aussi content pour Masai Ujiri, qui n’a pas hésité à faire un ménage de personnels nécessaires pour atteindre ses fins. On ne peut évidemment pas passer sous le silence la transaction qui a amené Kawhi Leonard et Danny Green à Toronto, sans laquelle les Raptors n’auraient probablement pas atteint la finale. Que Kawhi décide ou non de rester à Toronto la saison prochaine a peu d’importance : l’histoire des Raptors aura été à jamais marquée par la saison 2018-2019.

Lorsque je suis sorti de l’aréna, vers une heure du matin, les fans festoyaient encore par milliers dans les rues. La ville était couverte d’un épais brouillard, le genre de brouillard tout droit sorti d’un film d’horreur. Il ne s’agissait pas d’un film d’horreur, ni même d’un film : les Raptors s’en vont bel et bien en finale. Oui Papa.​

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