Ujap Quimper : Jimmy Djimrabaye ou l’art de piger

Arrivé en octobre dernier en qualité de pigiste médical d’Alexis Desespringalle, Jimmy Djimrabaye (26 ans, ailier fort) se sent bien dans le Finistère, où son contrat court jusqu’au 3 février prochain. Ensuite, le Centrafricain devra sans doute refaire ses valises…

De l’art d’essuyer les paradoxes… De ce point de vue là, Jimmy Djimrabaye se répand en chef-d’œuvre. Le premier, à l’Ujap, consiste à faire du Centrafricain une machine de guerre défensive dans un océan d’artilleurs offensifs. « Bernard (King), Travis (Cohn), Valdelicio (Joaquim) : l’équipe a un potentiel d’attaque hors norme », certifie l’ex-Gravelinois et ex-Vichyssois, qui se sent « simplement bien » dans cette armada.

Le second paradoxe, et le joueur peine à le saisir lui-même, fait de l’Africain un soldat dur au mal qui a souvent eu un mal fou à trouver chaussure à son pied. Que ce soit en Pro B ou ailleurs, alors même que les profils de besogneux ne sont plus monnaie courante dans le basket hexagonal. Or, cet ailier-fort tanké sait se montrer boulimique de rebonds (20 prises face au Tchad, lors des éliminations de l’AfroBasket 2017 !), tout autant qu’il raffole du fait de poser l’écran musclé qui va bien. Bref, un adepte du « sale boulot. »

Sélection ou pas sélection ?

Ujap Quimper : Jimmy Djimrabaye ou l’art de piger

Or, Djimrabaye, laissé sur le carreau par… Orléans, en fin de saison passée, a aussi beaucoup pigé. Son expérience quimpéroise, débutée en octobre à la suite de la grave blessure d’Alexis Desespringalle, n’est finalement que la continuité de cette forme d’intérim qu’il a jadis connu à Berck (en N1) en ou à Charleville-Mézières (Pro B), en 2015-2016.

Un parcours souvent précaire (« même s’il n’y a mais de CDI dans le basket », rit-il), non plébiscité, et pour lequel il aimerait mettre le mot fin et « se posant » vraiment. « Pourquoi ça n’a pas souvent souri auprès des clubs ? Je ne sais pas quoi vous dire (rire). En 2015, quand j’ai fait des piges, je devais partir avec la sélection. C’est aussi cela qui a fait que je n’ai pas resigné au Portel. » Voilà la pierre d’achoppement qui a souvent justifié le fait que les opportunités lui soient passées sous le nez. Ces congés sans solde pour rejoindre ce qu’il appelle affectueusement « le pays », Djimrabaye les connaît. Mieux, ils lui confèrent un rôle de missionnaire qui colle avec sa foi religieuse, toujours très prégnante.

Ces allers-retours ont aussi contribué à ramener la Centrafrique sur le devant de la scène, à tel point que « Les Fauves » sont désormais à une patte d’une qualification au Mondial 2019 en Chine. Un pas de géant dont la portée irait bien au-delà d’un simple engouement sportif. « On a quelque chose de grand qui se prépare, assure celui qu’on surnomme « samouraï », pour ce dévouement sans faille. Ce serait quelque de très spécial, parce que le pays traverse encore des périodes très difficiles. Le seul moment où il est uni, c’est quand son équipe de basket joue. Et joue bien. »

Mais pour la première fois de sa carrière, Djimrabaye s’interroge. Les 3 volets décisifs pour composter le ticket pour la Chine coïncideront avec la fin de sa pige quimpéroise (qui s’achève le 3 février). Or, filer et enfiler le maillot national reviendrait à fuir les opportunités hexagonales qui ne manqueront sans doute pas d’affluer. « Je veux aussi penser à moi. Je veux me poser, pour une ou deux saisons. Parce qu’à force, vous sentez que les gens finissent par penser que si vous avez beaucoup bougé, c’est parce que vous le vouliez ». À l’inverse, à 26 ans, l’Africain aspire aussi à la tranquillité.

Car malgré sa mission temporaire, on omettrait presque de préciser qu’il signe le meilleur exercice en Pro B de sa carrière (6,3 points ; 3 rebonds ; 2,1 fautes provoquées en 16’). « Mais il ne me surprend pas, coupe Laurent Foirest, son coach, qui a même fait du Centrafricain sa rotation n°1 au poste 4, alors que Bryce Douvier demeure sur courant alternatif. Il amène ce côté guerrier qui nous manquait un peu. En attaque, même s’il a des hauts et des bas, il peut faire du bien car il comprend le jeu. » De toutes les manières, Djimrabaye aura tout pigé.

Jérémy Proux  Ouest-France  

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