Kurt-Axel Wegscheider, Evans Ganapamo et Destin Damachoua en joie après la qualification de la Centrafrique pour le deuxième tour des éliminatoires de la coupe du monde 2019

Kurt-Axel Wegscheider, Evans Ganapamo et Destin Damachoua en joie après la qualification de la Centrafrique pour le deuxième tour des éliminatoires de la coupe du monde 2019

Le deuxième tour des éliminatoires de la coupe du monde de FIBA 2019, zone Afrique arrive à grand pas et si l'on ne connaît toujours pas encore le calendrier de préparation des Fauves de la République Centrafricaine, d'autres points importants attirent également mon attention. Comme vous le savez tous déjà, ce deuxième tour dont la phase aller, est déjà très attendue, aura lieu à Lagos, capitale économique du Nigéria du 14 au 16 septembre prochain. 

Logés dans le groupe F aux cotés du Sénégal, du Nigéria, de la Côte d'Ivoire, du Rwanda et du Mali, les Fauves ne croiseront plus les équipes dont ils ont affronté lors du premier tour, c'est à dire qu'ils rencontreront seulement le Nigéria, le Rwanda et le Mali à deux reprises dans ce deuxième tour qui s'annonce déjà palpitant (inutile de vous rappeler l'enjeu). 

Même si elle est considérée désormais comme un candidat crédible pour décrocher l'un des cinq tickets qualificatifs pour cette Coupe du Monde 2019, je le dis avec beaucoup de modestie que l'équipe nationale centrafricaine est encore loin d'être irréprochable et ne possède pas tous les ingrédients nécessaires pour aller chercher une place pour ce grand rendez-vous planétaire. D'où la raison d'avoir une meilleure préparation avant d'entamer ce deuxième tour combien déterminant, mais la Fédération Centrafricaine de Basket-ball ne dispose pas de moyens financiers à l'heure où j'écris ces lignes. Le gouvernement centrafricain, seul sponsor du sport dans le pays, n'a toujours pas répondu favorablement au budget déposé par la FCBB alors que nous sommes déjà à un mois du tournoi de Lagos.

On ne peut pas payer la prime de Jefferson, et on veut aller au Mondial?

Selon notre source proche du dossier, les frais concernant la prime de naturalisation du centrafricano-americain Johndre Leon Jefferson, qui s'élèvent à 10 millions de francs CFA, n'ont pas encore été payés à l'intéressé malgré sa participation au tournoi de Dakar. D'autres diront que même avec peu de moyens, on ira en Chine, certainement pas. Je ne connais aucune équipe nationale africaine ambitieuse tournant avec moins de 80 millions de francs CFA dans ces Éliminatoires à part l'équipe nationale centrafricaine. C'est vraiment insignifiant pour réaliser de meilleurs résultats à ce niveau de compétition internationale où la concurrence est très rude. Un manque de moyens financiers, se traduit pour la plupart du temps par des échecs, car non seulement l'équipe n'aura pas une meilleure préparation mais elle ne pourra pas également se renforcer, tant au niveau de son coaching staff ainsi que de son roster. Un handicap considérable. 

Si l'équipe a réussi à s'imposer une fois contre le Mozambique et deux fois contre les Éléphants de la Côte d'Ivoire lors du premier tour, elle n'a plus battue une équipe du Top 5 africain depuis plus d'une décennie. Ses deux défaites concédées face au Sénégal en est la parfaite illustration, même si les Fauves ont montré une légère amélioration dans leur culture de jeu rapide, mais cela n'avait pas suffi. D'où la raison de se préparer à temps, et je ne suis pas sans savoir, que sans les moyens financiers, aucune équipe au monde ne peut aller au bout de ses objectifs en réalisant de meilleurs résultats. 

Max Kouguere, capitaine des Fauves face à la Côte d'Ivoire à Dakar

Max Kouguere, capitaine des Fauves face à la Côte d'Ivoire à Dakar

On ne peut pas envoyer les U18 à Goma en RDC pour les qualifications de l'Afrobasket U18, et on veut aller au MONDIAL ?

Pour passer véritablement un cap et retrouver ses plus beaux jours des années 70, 80 et 90, les partenaires de Max Kouguere doivent obligatoirement battre au moins une fois le Nigéria lors de ce deuxième tour et remporter les quatre confrontations face au Rwanda et le Mali. Une mission sans doute périlleuse mais pas impossible, à condition de regrouper tous les meilleurs joueurs centrafricains évoluant sur la planète basket et d'avoir une meilleure préparation. C'est là que le directeur technique national Maurice Beyina, qui possède une expérience du monde professionnel doit se montrer plus exigeant. L'arrivée du pivot centrafricano-americain Johndre Leon Jefferson est à saluer, même si je reste persuadé que ses performances en attaque auraient pu être beaucoup plus meilleures s'il avait eu une meilleure préparation avec ses partenaires. Il aura apporté une dureté notamment dans le secteur défensif des "Bamaras" lors du tournoi de Dakar.

Avec Leon Jefferson et l'ancienne all star de la NBA G-League James Mays, l'équipe nationale centrafricaine se retrouve avec deux pivots binationaux sélectionnables. Le premier a sans doute montré de belles choses et j'ai bien aimé son intégration (hors mis sa piètre prestation offensive) à Dakar malgré une préparation "kamikaze" à Sousse, tandis que le second qui n'est plus revenu au sein de l'équipe après l'Afrobasket 2011, avait affiché clairement un volume de jeu digne d'un vrai pivot du basket moderne. Capable de s'écarter et de shooter derrière l'arc, Mays qui tournait en double-double, reste et demeure le pivot le plus talentueux des Fauves depuis la retraite du légendaire Anicet Lavodrama. S'il y a vraiment un choix à faire en tenant compte de l'intérêt national, le retour de James Mays serait sans doute un renfort considérable pour les Fauves dans un secteur de jeu où ils ont du mal à briller. Après, je ne serai pas contre un probable choix du coaching staff de conserver JLJ car il faut aussi tenir compte de la motivation et de la disponibilité des joueurs. Dans tous les cas, le coaching staff devra se montrer à la hauteur pour donner un fond de jeu à l'équipe car ça manque encore de cohésion. La chimie de l'équipe est à revoir comme en témoigne le nombre de passes décisives par match, trop faible pour ce niveau de compétition. Sans une meilleure préparation et sans matchs de préparation, on ne peut corriger des erreurs, donc difficile de progresser. 

Dossier Wilfried Yeguete (26 ans, 2.03 m), une incompréhension

Wilfried Yeguete, intérieur français d'origine centrafricaine

Wilfried Yeguete, intérieur français d'origine centrafricaine

 Cela fait déjà de nombreuses années que le public centrafricain attend et espère voir un jour Will Yeguete avec les Fauves. Né en France de parents centrafricains, l'ancien intérieur des Gators de la Floride (NCAA), récemment sacré champion de France avec Le Mans, court depuis derrière l'équipe de France sénior, mais il n'a jamais réussi à faire partie du plan du coach Vincent Collet qui possède une palette de joueurs au poste 4. Comme ses aînés Maxime Zianveni et Michael Mokongo, snobés par l'équipe de France pendant plusieurs années avant de finalement s'engager tardivement avec les Fauves, Yeguete risque lui aussi d'avoir de regrets s'il ne venait pas à rejoindre la sélection nationale Centrafricaine pour la suite de ces Éliminatoires. 

Sachant qu'aujourd'hui, son pays d'origine la République Centrafricaine a de grandes chances de se qualifier à cette Coupe du Monde 2019, il a tout intérêt à accepter l'opportunité que lui offre la Fédération Centrafricaine de Basket-ball. Avec Leon Jefferson, il pourrait former l'une des meilleures raquettes du continent et ainsi aider les Fauves à décrocher un billet pour la Chine.

Au niveau de la ligne arrière, là encore je souhaite voir des renforts dont un meneur à la fois passeur et scoreur comme le jeune talentueux Paul Marandet et un joueur avec l'immense expérience de Romain Sato, si ce n'est pas lui-même, car le pays ne possède aucun joueur de sa dimension. 

Pour tout savoir sur Paul Marandet : http://www.newsbasket-beafrika.com/2018/03/meconnu-de-tous-paul-marandet-detronera-t-il-romain-sato.html

Pour le meneur-arrière de l'université du Spring Arbor (USA), Paul Marandet né aux États-Unis dont le talent, la motivation et la disponibilité en septembre ne souffrent d'aucune contestation, le DTN Maurice Beyina devra juste donner des garanties à ses parents pour le voir à Bangui ou à Sousse lors du regroupement. Idem pour le vétéran Romain Sato libre depuis un an de tout contrat pour des raisons familiales. Vivant toujours avec sa famille dans leur villa de Houston dans le Texas (USA), Sato dont le talent et l'immense expérience ne sont plus à démontrer sur la planète basket, devrait logiquement s'engager avec la sélection nationale pour la suite de ces Éliminatoires. Sachant que sa côte de popularité auprès des fans centrafricains a sérieusement baissé, l'ancien joueur du Red Star Dongo Club doit savoir que c'est sa dernière chance de reconquérir le coeur de ses fans. 

D'une manière générale, j'aime bien l'idée de construire une équipe avec un mélange de jeunes talents et des joueurs expérimentés. J'ai particulièrement apprécié les prestations du jeune Evans Ganapamo pour sa première sélection. Je suis un grand fan du jeune Kurt-Axel Wegscheider, et il sait ce que j'attends de lui. Il doit encore travailler dur pour atteindre son meilleur niveau, car il doit incarner le futur de cette équipe en prenant le jeu à son compte comme par exemple un certain Luka Doncic ou Frank Ntilikina. Sa jeunesse ne doit pas être un frein à sa progression constante, il doit oser dans ses choix et rentabiliser chacune de ses minutes passées sur le parquet. Son immense potentiel n'est un secret pour personne mais il doit rapidement passer un cap en jouant régulièrement contre les meilleurs.

Qui d'autre à part Maurice Beyina pour ramener Romain Sato en équipe nationale ?

Maurice Beyina et Romain Sato après la finale de l'Euroleague en mai 2010 à Barcelone

Maurice Beyina et Romain Sato après la finale de l'Euroleague en mai 2010 à Barcelone

Connaissons l'excellente relation qui existe depuis plus de 15 ans entre l'actuel DTN Maurice Beyina et la star du basket centrafricain Romain Sato, on a du mal à comprendre pourquoi ce dernier n'a pas encore disputé le moindre match de ces Éliminatoires de la Coupe du Monde. En contact permanent avec Sato, ce qui n'est un secret pour personne, Beyina semble être confiant et motivé à l'idée de ramener l'ancien top scoreur africain pour la suite de ces Éliminatoires. Malgré qu'il refuse de me donner plus de précisions sur le dossier Romain Sato, je sais que la porte est ouverte mais il lui faudra sans doute de moyens financiers pour mettre sur pied une équipe taillée sur mesure pour rivaliser avec les meilleures du continent. 

Peu importe ce que l'on peut penser ou dire sur la longue absence de Sato en équipe nationale, la direction technique nationale doit prouver aux fans qu'il a fait sa part du travail dans le seul but de donner plus de chances aux Fauves pour décrocher l'une des cinq places pour la Chine. 

Les fans centrafricains jubilent au stadium Marius Ndiaye de Dakar

Les fans centrafricains jubilent au stadium Marius Ndiaye de Dakar

Inutile de rappeler à la planète entière que la République Centrafricaine traverse depuis plusieurs années une grande crise fabriquée par les ennemis de l'Afrique afin de mieux contrôler les richesses du pays, mais en dépit de ça, le gouvernement n'a cessé d'aider les Fauves dans différentes compétitions, ce que j'encourage vivement. Les résultats des Fauves dans ces éliminatoires de la coupe du monde 2019 semblent avoir redonner du sourire aux fans centrafricains qui commencent déjà à rêver de la Chine. Pour aller au bout de cet objectif très capital pour l'unité et la paix dans le pays, la direction technique nationale doit avoir les moyens financiers à sa disposition pour étoffer rapidement et nécessairement son coaching staff, renforcer l'effectif avec l'arrivée d'autres joueurs comme Paul Marandet, si possible Will Yeguete et surtout Romain Sato. Ainsi, le peuple centrafricain fêtera comme un seul homme la qualification de son équipe nationale dans les prochains mois.

En écrivant ces quelques lignes, je reste persuadé que si les choses se déroulent comme je le pense, c'est à dire que si le gouvernement joue pleinement son rôle sur le plan financier et que si la Fédération à travers sa direction technique nationale fasse son travail, il n y a aucune raison que la République Centrafricaine ne s'impose pas au moins une fois contre le Nigéria et à deux reprises contre le Rwanda et le Mali pour décrocher l'un des cinq tickets pour la Chine. Aujourd'hui, la balle est dans le camp du gouvernement, de la Fédération et de son DTN qui ont la lourde tâche d'offrir au basketball centrafricain une deuxième qualification historique pour la Coupe du Monde de basket. À défaut de ne pas se qualifier à cette Coupe du Monde, tous les responsables, en commençant par le gouvernement, la fédération et la direction technique nationale devront endosser l'entière responsabilité. 

 

Une analyse de Cyrille NGARIO 

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