NBA All-Star Week-end : Notre rédaction vous plonge au cœur de l'histoire du concours de dunks

La fin de semaine des étoiles de la NBA est à nos portes. Dès samedi, le gratin du basket professionnel convergera sur le Smoothie King Center à La Nouvelle-Orléans. Ça donne soif, non? Soyez honnêtes, fans de basket. Avez-vous plus d’intérêt pour le match en tant que tel ou pour le concours de dunks du samedi soir? À défaut de faire un sondage officiel, je suis prêt à parier que plusieurs d’entre vous voyez la situation du même œil que moi. Le match du dimanche, bof. Mais les dunks, j’embarque année après année.

Dans cette lignée, je me propose cette semaine d’enfiler mon chapeau d’historien et de vous présenter une rétrospective en règle de l’évolution de ce concours au fil des ans. Pas seulement avec du texte, mais avec vidéos à l’appui aussi. Évidemment!

Le tout premier concours de dunks légitime lors d’un match des étoiles s’est déroulé le 27 janvier 1976 à Denver. L’ABA (American Basketball Association) y présentait son rendez-vous annuel des étoiles et souhaitait innover un peu. Leur idée? Organiser un concours de dunks lors de la mi-temps du match des étoiles en tant que tel. Les plus grandes vedettes de la ligue ont accepté d’y participer, notamment George « The Iceman » Gervin, Artis Gilmore et l’électrisant David Thompson. Mais le plus gros nom du lot fut sans contredit Julius Erving, celui que l’on surnommait tout simplement « Dr J ». Un athlète d’une fluidité hors pair. Erving remportera le concours en étant le premier, et non le dernier, à accomplir ceci (à 2:50 de l’extrait) :

Bien que l’ABA ait fermé ses portes quelques mois plus tard après avoir fusionné avec la NBA, elle aura laissé une empreinte intéressante pour le futur. Après quelques années de pause, à la suite des premières années de fusion un peu chaotiques, la NBA ramena le concours sur la table en 1984 à Denver, lieu de ses origines. Cette fois, l’engouement fut tel qu’il est devenu un volet incontournable des festivités encore en vigueur à ce jour.

En 1985, Dominique Wilkins et Michael Jordan, une recrue à l’époque, se sont livré une confrontation intéressante remportée par Wilkins. Mais le prochain nom qui a volé assurément la vedette a été celui de Spud Webb en 1986. Si vous ne connaissez pas ce joueur phénoménal, il est grand temps que je vous le présente. Spud Webb était un meneur de jeu portant les couleurs des Hawks d’Atlanta et mesurant 5 pieds 7 pouces. Vous avez lu juste : 5 pieds 7 pouces!!!  Au premier regard, en se fiant à son physique et non son visage, il avait l’air d’un enfant de 12 ans. Un enfant de 12 ans qui pouvait dunker le ballon mieux que 95 % des joueurs de la NBA de l’époque. Un spécimen unique en son genre. La finale de 1986 a été particulièrement mémorable alors que deux coéquipiers des Hawks, Webb et Wilkins, s’étaient livré tout un duel.

Le concours commençait à prendre de l’ampleur et à gagner en crédibilité. Comment donc le faire passer à un niveau supérieur en 1987? En ramenant le grand MJ en avant-plan, voilà comment. Michael Jordan était en train de s’établir comme grande vedette du circuit et souhaitait venger sa défaite aux mains de Wilkins deux ans auparavant. Jordan s’est donc imposé pour la première fois en 1987 à Seattle, mais Wilkins et Webb manquaient à l’appel. La rencontre au sommet tant attendue a eu enfin lieu à Chicago en 1988.

Les trois que tous souhaitaient voir étaient réunis au mythique Chicago Stadium, forteresse de la vedette des Bulls. Webb a connu des difficultés et a subi l’élimination dès le premier tour. Wilkins et Jordan se sont livré ensuite un des duels les plus relevés de tous les temps. Trois notes de 50 pour MJ et quatre notes de 49 ou 50 pour Wilkins. Le vainqueur? Le favori local. D’ailleurs, en entrevue en 2014, Wilkins a avoué l’avoir encore sur le cœur ce concours. Il est convaincu d’en avoir fait davantage que son rival et que la foule partisane a eu une forte influence sur les juges au final. On a beau parler ici d’un concours d’exhibition, il est clair que les esprits compétitifs de l’un et de l’autre avaient fait passer la soirée à un niveau beaucoup plus sérieux. Wilkins raconte que MJ lui aurait dit, sourire en coin, après l’avoir relégué au 2e rang lors du dunk ultime : « Tu méritais probablement de l’emporter, mais tu es à Chicago. Que veux-tu? » À vous de juger qui en avait fait davantage.

Jordan méritait-il vraiment de soulever le trophée dans ce qui s’est avéré sa dernière participation? Peut-être pas. Mais honnêtement, on s’en fiche un peu. L’important est que le concours de dunks avait maintenant capté l’attention de tous.

On a assisté ensuite à un certain creux de vague qui aura duré une dizaine d’années. Comprenez-moi bien, ce n’est pas comme si les performances ont été pitoyables de 1989 à 2000. Ça manquait simplement de lustre et de gros noms.

Soulignons tout de même la créativité de Dee Brown en 1991, surtout à sa dernière ébauche où il a osé se cacher les yeux en plein vol.

Sans oublier Isaiah Rider, en 1994, qui a forcé tous ses compères à évoluer sur le plan athlétique, et vite.

Est arrivée ensuite la compétition célébrant l’arrivée d’un nouveau millénaire. Les exploits d’un certain Vince Carter en 2000, arborant le mauve des Raptors de l’époque, ne pourront jamais être suffisamment mis en valeur. La NBA lui devra éternellement une fière chandelle pour ses époustouflantes prouesses réalisées le 12 février 2000 à Oakland. Il a capté l’imaginaire d’une jeune génération tout entière et a rendu le concours de dunks cool et excitant plus que jamais. D’ailleurs, quand on voit apparaître des Andrew Wiggins, Tristan Thompson, Cory Joseph, Nik Stauskas, Jamal Murray (et j’en passe) un peu partout dans la NBA depuis 2011, dîtes-vous que ce n’est pas un hasard. Ils étaient tous de jeunes garçons grandissant en Ontario quand Carter a commencé à catapulter les Raptors vers de nouveaux sommets, il y a 15 ans. L’époque « I wanna be like Mike » n’avait pas disparu. Mais on peut affirmer sans hésitation que pour certains jeunes Canadiens, ça devenait de plus en plus « I wanna fly like Vince! ». Bref, la soirée de travail de « Air Canada » en 2000 ne sera jamais reléguée aux oubliettes et je vous invite à la revivre du point de vue de Carter lui-même.

Ce fut la seule et unique participation de VC à la compétition et on peut le comprendre. Un nouveau standard d’excellence avait été établi et il ne pourrait probablement jamais le surpasser. Les jeunes loups devaient maintenant tenter de l’accoter. Le premier à relever le défi a été  Jason Richardson, des Warriors de Golden State, nommé vainqueur en 2002 et 2003 grâce à des bonds prodigieux du genre :

Le tout dernier dunk de Richardson dans ce montage, et la réaction subséquente des autres joueurs aux abords du terrain, figurent dans mon top-5 de tous les temps. Magique. Vous aurez compris que les prouesses de Dr J, Wilkins, Webb, Jordan et Brown ne suffisaient plus. Dunker en puissance, décoller de loin, être petit, sauter par-dessus une chaise, se cacher les yeux, c’était dorénavant vieux jeu. Il fallait maintenant exécuter des rotations complètes pour se faire remarquer. Il fallait se passer le ballon entre les jambes ou derrière le dos. Il fallait user d’une créativité hors pair. Les athlètes devenaient plus explosifs que jamais et la foule s’attendait à voir quelque chose d’unique année après année.

Les deux prochains « phénomènes » du dunk ne pouvaient pas avoir des profils plus différents. D’abord, on a fait la découverte de Dwight Howard, du Magic d’Orlando. Celui qui s’était autoproclamé « Superman » est débarqué dans la NBA en 2004, directement des bancs de l’école secondaire. Il avait la musculature d’un homme de 30 ans avec la maturité d’un garçon de 15 ans. Sans oublier sa détente digne d’un meneur de jeu, même s’il mesurait 6 pieds 11 pouces. Si on avait bâti un joueur de basket dans un laboratoire, il aurait eu l’air de Dwight Howard. Il n’avait donc pas le gabarit du prototype champion de dunks, mais possédait tous les attributs requis pour redéfinir les attentes de tout un chacun. Et c’est ce qu’il a fait en 2008 à La Nouvelle-Orléans. Même si trois de ses vols planés en Louisiane ont été dignes de mention, je vous laisse admirer ici son dunk Superman. L’angle en direct est très bon. Mais ce sont les reprises qui nous font réaliser comment il part loin du panier et lance véritablement le ballon dans l’anneau. Majestueux.

À l’opposé total de Howard, il y eut une boule d’énergie nommée Nate Robinson. Un homme mesurant 14 pouces de moins que le grand Dwight. Robinson aura fait du concours de dunks sa spécialité et aura profité de l’événement pour graver son nom à tout jamais dans le palmarès de la fin de semaine des étoiles. Il est le seul à l’avoir remporté à trois reprises, soient en 2006, 2009 et 2010. On peut qualifier cet ancien des Knicks de New York du Spud Webb des temps modernes. Il avait essentiellement la même taille, mais il était bien plus musclé. Et capable de pousser le degré de difficulté de ses dunks un ou deux niveaux plus loin que son prédécesseur. D’ailleurs, mon préféré parmi la panoplie réalisée par Robinson au fil des ans, c’est justement celui où il saute par-dessus Spud Webb lui-même en 2006 à Houston.

Blake Griffin et Terrence Ross font partie de ceux qui auront fait de belles choses entre 2011 et 2014, mais je préfère tout de suite faire le saut à la compétition de 2015 qui nous aura permis de faire la découverte de Zach LaVine. La recrue des Timberwolves du Minnesota, alors âgée de 19 ans seulement, était de nature plutôt confiante. En fait, le qualificatif approprié serait arrogant. Très arrogant. Mais il pouvait se permettre son excès de prétention en raison de ses dunks tout simplement irrésistibles. Électriques. Époustouflants. Il fit donc ceci à Brooklyn en 2015 :

Et bien honnêtement, en revoyant le tout deux ans plus tard, ça ne semblait même pas si difficile pour lui. Le problème en 2015, c’est qu’il n’avait aucune véritable compétition. Personne pour le pousser à aller plus loin. Est alors arrivé le concours de 2016, un de mes préférés de tous les temps. LaVine était présent à Toronto pour défendre son titre. À ses côtés cette fois, un autre jeune coq dénommé Aaron Gordon a eu son mot à dire. Je pourrais vous en parler en long et en large. Mais pourquoi en parler quand vous pouvez prendre quelques minutes de votre vie pour le regarder.

De mon point de vue, Gordon méritait le titre pour son audace et sa créativité. Le dunk qu’il réalise à 2:25 de la vidéo relève de l’impossible. Je peux le regarder en boucle 50 fois sans me tanner, en me demandant comment il réalise un vol plané en position assise, en passant le ballon sous ses fesses, à quelques pouces d’une mascotte.

J’ai donc aussi hâte que vous de voir ce que la cuvée 2017 nous réserve. LaVine n’y sera pas, blessé sérieusement à un genou. Mais Gordon voudra accéder au trône et sa présence à elle seule mérite notre attention. Glenn Robinson III ne fera que passer à mon avis. Mais DeAndre Jordan, à sa 9e saison professionnelle avec les Clippers, fera enfin ses débuts dans la compétition. Une candidature intrigante quand on se remémore des exploits comme celui-ci :

Et la carte cachée du groupe? Un certain Derrick Jones Jr, qui évolue avec les Suns de Phoenix. « Évolue » est peut-être trop généreux comme mot, considérant qu’il a disputé un total de 24 minutes dans la NBA jusqu’à présent. Pas 24 matchs, mais bien 24 minutes! Mais honnêtement, on s’en fiche de son pedigree NBA. Si le jeune homme peut répliquer certaines des prouesses acrobatiques déjà réalisées dans la D-League, il forcera Gordon à se surpasser et les amateurs seront les vrais gagnants au bout de la ligne. On souhaite tous assister au nouveau dunk qui défie les lois de la gravité et repousse les limites de notre imaginaire. Un dunk qui nous fait lever d’un bond dans notre salon. Un dunk comme seul ce concours a su nous offrir de temps à autre depuis 1976.

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