Quel sélectionneur pour l'équipe de France ?

Vincent Collet va-t-il prolonger à la tête des Bleus, malgré leur élimination en quart de finale du tournoi olympique de Rio? La Fédération le souhaite, mais l'intéressé est encore indécis et les candidats sont nombreux.

En concassant les Bleus (92-67) en quart de finale des Jeux, à Rio, l'armada espagnole de Pau Gasol n'a peut-être pas seulement mis un terme définitif à la «génération Parker». L'élimination prématurée de l'équipe de France pourrait également être synonyme de fin de carrière internationale du sélectionneur, Vincent Collet (53 ans), dont le contrat arrivait justement à terme à l'issue des JO 2016.


Collet, sans club (son contrat à la SIG n'a pas été prolongé), a laissé planer le doute sur son avenir chez les Bleus en conférence de presse mercredi dernier, estimant qu'il avait d'abord «besoin de digérer, parce que c'est dur». La Fédération, elle, a clairement fait savoir son point de vue : «On a toujours dit qu'il était notre premier choix, on ne veut pas que le dernier match ternisse tout le travail accompli depuis sept ans», a ainsi déclaré à l'Equipe le DTN, Patrick Beesley. Face à l'hypothèse d'un refus de Collet, il a toutefois prévu «un plan B». Se détachent donc cinq candidats crédibles.

Patrick Beesley a d'ores et déjà fait savoir qu'il ne recherchait pas de coach étranger. «Nous défendons la formation française, nous avons des cadres compétents. Pour moi, la question ne se pose même pas», dit-il.

Vincent Collet


Les + : Arrivé à la tête des Bleus fin 2008, alors que l'équipe de France venait d'échouer à se qualifier directement pour l'Euro l'année suivante, Vincent Collet a porté la sélection tricolore à un niveau jamais atteint précédemment. Un argent (2011) et un bronze (2015) européens, un bronze mondial (2014), deux quarts olympiques (2012, 2016), et surtout le sacre continental (2013), font de l'actuel sélectionneur «le meilleur coach de l'histoire du basket français», comme l'a un jour assuré Nicolas Batum. Un statut qui, combiné à son expérience de sélectionneur, le rendent évidemment légitime pour assurer la transition et redistribuer les rôles en équipe de France, de sorte qu'elle aborde l'Euro 2017 dans l'habit du favori. En cela, la Fédération lui voue une entière confiance.

Les - : En sélection, Vincent Collet reste sur deux échecs face à l'Espagne - à l'Euro 2015 (à Lille) et aux Jeux 2016 (à Rio, après un TQO éprouvant aux Philippines) - qui, cumulés à ses quatre finales consécutives perdues en Pro A, ne lui permettent plus de faire l'unanimité. Souvent épuisé en fin de saison, parfois absent en préparation, est-il toujours l'homme de la situation? Par ailleurs, l'entraîneur n'a jamais caché son envie de prendre en main un grand club européen, ce que son départ de Strasbourg pourrait lui permettre en courant de saison. Or, «s'il part à l'étranger, il ne sera plus l'entraîneur de l'équipe de France», a assuré Patrick Beesley en début d'été. Se pose également la question, plus tactique, de ses choix à la tête des Bleus ces trois dernières années : la «confiance absolue» accordée aux cadres historiques (Parker, Gelabale, Pietrus), la manière dont a été utilisé Nicolas Batum, la non-sélection d'Evan Fournier.


Pascal Donnadieu

Les + : Le gourou de Nanterre, club qu'il a porté de la première série départementale au titre de champion de France, serait une présence rafraîchissante à la tête des Bleus. L'actuel coach de l'équipe de France A', qui a récemment confié que la fin de son séjour sur le banc du club des Hauts-de-Seine était «très proche», a montré qu'il était capable de transcender les individualités au profit du collectif. Il possède en outre l'expérience du très haut niveau : il a coaché en Euroligue (C1) en 2014 - victoires face au Barça et au Partizan Belgrade - et a gagné l'Eurochallenge (C3) l'année suivante.

Les - : Mettre Pascal Donnadieu à la tête des Bleus constituerait un pari incluant une importante part de risques. Depuis le début de sa carrière d'entraîneur, il évolue dans le même cadre (un club familial présidé par son père Jean, où s'impliquent également son frère Fred, directeur technique des opérations, et ses fils Kevin et Lucas, coaches des équipes de jeunes), duquel il n'est jamais sorti pour l'instant. Le changement serait d'autant plus brutal qu'il est pleinement investi avec Nanterre à l'approche de la prochaine saison en Pro A, où il a élaboré «un projet» sur le long terme : «faire jouer de jeunes Français capable de progresser au fil du temps».

Quel sélectionneur pour l'équipe de France ?

Ruddy Nelhomme

Les + : La proximité de Ruddy Nelhomme avec les cadres tricolores est indéniable, après six années passées sur le même banc que Vincent Collet, dont il est avec Jacky Commères le plus fidèle assistant. Coach de Poitiers depuis 2007, il a fait monter le club en Pro A en 2009, puis a été élu coach de l'année dans la foulée, avec sous ses ordres un certain Evan Fournier. Mi-juillet, en l'absence de Collet, il a même coaché seul la sélection française en préparation.

Les - : Entre la conduite de Poitiers, actuel pensionnaire de deuxième division, et celle de l'équipe de France, la différence serait significative pour Nelhomme, qui vient (en plus) de prolonger trois ans au PB86. «Je suis toujours aussi motivé pour aider le club à grandir», déclarait-il en juin à la Nouvelle République. Or, Beesley ne veut qu'un technicien capable de s'investir pleinement à la tête des Bleus : «On a des conditions. On va entrer dans une nouvelle ère avec le calendrier international qui va placer des matches en cours de saison à partir de 2017. On ne veut pas être à la recherche d'un nouveau coach l'été prochain».

Philippe Hervé

Les + : Il a gagné en Pro B (2006) et en Pro A (2015), a soulevé la Coupe de France (2010) et a été élu coach de l'année (2009) : Philippe Hervé est l'un des entraîneurs emblématiques du Championnat, dont la longévité et le sens tactique justifieraient amplement sa place sur le banc des Bleus.

Les - : Philippe Hervé n'est pas dans les petits papiers de la Fédération et vient de s'engager avec le Cholet Basket, qu'il aura pour mission de relever au terme d'une saison décevante. Après avoir quitté le Limoges CSP en janvier, embourbé dans une crise qu'aggravaient ses relations tendues avec le président du club, Frédéric Forte, il tentera aussi de se relancer sur un plan personnel. Car le technicien de talent est aussi un personnage impulsif et démonstratif, capable d'impressionnants coups de gueule.

Jean-Louis Borg

Les + : Assistant du sélectionneur Michel Gomez en 2008, Jean-Louis Borg est depuis devenu manager général sportif de la JDA Dijon, ce qui le rendrait disponible lors des futures fenêtres internationales. Proche de Tony Parker, bon technicien, spécialiste défensif, le coach de l'année 2014 a un CV bien rempli... et des fourmis dans ses doigts d'ancien entraîneur : «Une de mes plus grosses frustrations, c’est de me sentir “inutile” pendant les matches, de ne pouvoir rien apporter, confiait-il à l'Equipe en avril. Quand tu es manager général, tu es là, tu subis l'événement, c’est un sentiment que je ne connaissais pas, somme toute assez désagréable. Tu n'es plus acteur de la situation».

Les - : S'il veut faire son retour sur le banc des Bleus, celui qui a volontairement mis un terme à sa carrière de coach l'an passé devra tempérer son attitude volcanique, qui n'a pas toujours joué en sa faveur. Par ailleurs, s'il a provoqué trois montées (Hyères-Toulon, Vichy, Dijon), il n'a jamais franchi le cap des demi-finales en Pro A, ce qui représente un handicap certain, même symbolique.

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