LeBron James libère l'Ohio d'une malédiction de plusieurs décennies

Autoroutes vers la ville fermées, scènes de liesse historiques, après une famine qui avait débuté en 1964, toute la région s’est mobilisée autour de ce trophée historique, ramené par l’enfant du pays LeBron James.

De notre correspondant aux Etats-Unis
«Je ne peux pas attendre de rentrer à la maison et ramener ce trophée pour notre peuple». Les mots de LeBron James dans le vestiaire, avec ledit trophée NBA sous le bras, le champagne coulant à flot, résument tout de ce qui rend cette victoire si spéciale. Même le président Obama a tenu à féliciter l’équipe et leur leader, en se déclarant «heureux de voir King James ramener (ce titre) à la maison». Déception, démoralisation, découragement, désespoir, désolation… Et même une désormais très célèbre «décision». Chaque décennie se suivait et se ressemblait pour Cleveland, ville la plus maudite des Etats-Unis sur le plan sportif, que ce soit pour ses Browns en NFL, ses Indians en baseball ou ses Cavaliers en basket. Une disette de titres depuis le 27 décembre 1964, qui correspondait aussi à la chute économique de la fameuse «rust belt» industrielle. Un cauchemar partagé par plusieurs générations, qui se demandaient s’il leur serait possible de savourer le goût de la gagne.


Et puis, dans la nuit de dimanche à lundi, toutes les générations frustrées de la ville et ses environs ont explosé. Libérées par ce trophée, remporté par l’enfant du pays «LBJ». Certes, il ne fut pas seul, et bénéficia même d’un soutien de choix en la personne de Kyrie Irving notamment (26 points, dont un 3 points décisif en fin de match). Mais ce titre reste celui de ce gamin d’Akron (située à trois quart d’heure de la capitale de l’état), auteur d’un triple-double dans le match 7, d’une série monstrueuse qu’il domina dans toutes les catégories (29.7 points, 8.9 passes décisives, 11.3 rebonds, 2.6 interceptions et 2.3 contres) pour être élu MVP des finales à l’unanimité. Si ces chiffres resteront dans l’histoire, c’est avant tout cette quête pour la ville et pour toute la région qui définit ce moment.

Le destin d’une vie
En ramenant le Larry O’Brien dans le nord-est de l’Ohio, le « Chosen One » accomplit la destinée qui pesait sur ses larges épaules, depuis que le magazine Sports Illustrated en avait fait «l’élu» sur sa couverture, le successeur de Jordan, alors qu’il venait à peine de souffler ses 17 bougies (et juste un jour après le 39e anniversaire de «MJ»). Le prodige du ghetto, devenu héros et même sauveur local désigné - avant même de prendre ses marques en NBA - après avoir été drafté par Cleveland, dû lui-même batailler 13 ans, vivre une rupture extrêmement mal digérée avec sa région et la franchise, en s’exilant à Miami pendant quatre ans. Il y atteint les finales à chaque fois et remporta deux titres, mais il restait un sentiment d’inachevé, celui de ne pas avoir fini la tâche qui lui avait été donnée et qu’il avait lui-même proclamée. Il y avait eu cette première finale en 2007, quatre ans après son arrivée en NBA, où les Spurs d’un Tony Parker MVP de la série les avaient corrigés d’un coup de balai (4-0). La saison passée, la première après son retour-réconciliation, il tenta malgré les blessures d’Irving et de Kevin Love - ses deux meilleurs coéquipiers - de remporter la série à lui tout seul, face aux mêmes Warriors. Las.


"Ce titre représente tout."
LeBron James


Cette année, menés 3-1, ses Cavaliers devaient tout simplement réussir l’impossible. En tout cas, remonter un écart qu’aucune autre équipe dans cette situation n’avait surmonté en Finales. Qui plus est avec un match 7 à Golden State. «L’homme dans le ciel m’a tracé une route difficile, mais je savais qu’il ne m’aurait jamais mis devant quelque chose que je ne puisse pas accomplir», déclarait «King James» moins d’une heure après son succès. «Ce titre représente tout. J’ai gagné à Miami. Mais ceci représente plus de 50 ans de notre histoire sportive», enchaînait-il, avant d’énumérer les images qui sont devenues classiques outre-Atlantique.


La fameuse «malédiction» qu’on associait jusque-là entre Cleveland et le sport : « The Drive», quand John Elway des Broncos réussi à remonter les Browns en 5 minutes avec une séquence mythique de 98 yards (90 mètres), dans le match qualificatif pour le SuperBowl. «The Fumble», la perte de balle qui les priva aussi ne serait-ce que d’une apparition à l’événement sportif américain roi, jusqu’à nos jours. «The Curse of Chief Wahoo », le sort supposément jeté par l’indien figurant sur le logo de l’équipe de baseball, qui n’a plus remporté les World Series depuis 1948. «The Shot », le tir divin de Michael Jordan qui permit aux Bulls de l’emporter face aux Cavaliers, qui menaient à 3 secondes de la fin d’un match décisif en playoffs… Et la tristement célèbre «The Decision», l’annonce du départ de l’ailier vers le Heat, qui faillit faire de James un paria dans sa région natale - et semblait perpétuer la pénurie.


Et Cleveland explosa de joie
Lorsque le coup de sifflet final retentit enfin, au bout d’un suspense merveilleux, tous ses coéquipiers se jetèrent sur James, qui s’écroulait au sol et fondait en larmes comme jamais pour ses deux titres précédents. La scène fut instantanément classique, et sera rejouée des centaines et milliers de fois, tant elle résume son parcours, après sa septième apparition en Finals. Même le reporter vétéran Marc Stein témoigna n’avoir jamais vu autant de pleurs pour une équipe championne. Une euphorie à jouer en parallèle avec la jubilation populaire qui jaillit presque 4 000 km plus loin, dans comme aux alentours de la Quicken Loans Arena, ainsi qu’à travers tout le centre de Cleveland, qui vit se dresser une bannière orné du mot «Champions» en moins d’une heure, tandis que la ville était emportée par des milliers de fêtards jubilatoires.

Quelques heures auparavant, la Ohio Highway Patrol avait fermé les entrées vers la ville, déjà pleine et prête à craquer. Cris, baisers, enlacements, larmes jusqu’à se recroqueviller en position fœtale, mains priant pour que le moment soit bien réalité… Certains se mettant même à faire des tractions en haut d’un feu de circulation ! On parla d’un camion de pompiers dérobé, ce qui fut démentit plus tard. La police locale se fendit même d’un tweet, accompagné d’une photo montrant le véhicule inondé par les fans, rappelant que ce n’était «pas ok» de faire cela. Mais plus que des supporters, c’est toute une population qui a vécu ce moment et qui se réunira sans aucun doute lors de la traditionnelle parade des champions mercredi. « C’est le plus beau jour de ma vie », lancèrent même certains. Ou quand une tristesse cinquantenaire cède le pas à la liesse…

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