Stephen Curry, la naissance d'un nouveau pionnier

Dénigré à ses débuts, notamment en raison de son physique jugé trop frêle, le meneur de 27 ans domine la NBA à la barre des Golden State Warriors. Il révolutionne le jeu sous les yeux d’une planète basket ébahie.

La NBA a accouché d’un nouveau extra terrestre. Un ogre vorace qui croque tout sur son passage et que personne ne semble être en mesure d’arrêter. Stephen Curry, c’est bien de lui dont il s’agit, s’impose match après match comme une arme fatale à la barre de Golden State. C’est de loin le meilleur joueur du début de saison, peut-être aussi le meilleur joueur tout court. Le débat est posé. «Ses» Warriors ne sont en tout cas pas rassasiés par le titre de champion qu’ils ont décroché au printemps dernier. A tel point qu’ils sont toujours invaincus au moment d’affronter les Pacers la nuit prochaine, à Indianapolis : 22 victoires, 0 défaite. C’est le meilleur début de saison de l’histoire de la Ligue ! Mieux : avec leurs quatre succès de la fin du précédent exercice, les «Dubs» en sont à 26 victoires consécutives. Tous proches du record des Lakers de 1971-72, invaincus pendant 33 matches. Même si la saison est encore longue, on se demande comment les champions en titre pourraient ne pas dépasser la barre mythique des Bulls de Michael Jordan, avec 72 victoires en 1995-96…


Une réussite qui repose sur le collectif, le talent individuel et la défense de cette équipe complète, jeune et profonde à défaut d'être grande par la taille. Mais l’ensemble est magnifié par le talent de cette étoile scintillante de Steph Curry. Un joueur qui ne ressemble à rien de ce qu’on a vu jusqu’ici, un pionnier, un Ovni. Quand on est un meneur de jeu au physique relativement frêle qui base son jeu sur la réussite aux tirs, on n’est pas supposé dominer la NBA. Et pourtant… Annoncé à 1,91m et à peine plus de 86kg, Curry avait été boudé par les meilleures facs des Etats-Unis à sa sortie du lycée pour finalement être pris par Davidson, en Caroline du Nord, là où il a grandi. Rebelote en NBA, où le natif de Cleveland (Ohio) n’a été choisi qu’en septième position à la Draft 2009. Mais ça, c’était avant. Stephen Curry est aujourd’hui en pleine lumière, comparé aux plus grands, salué par le public, les observateurs et ses adversaires.


Une menace dès qu’il franchit la ligne médiane
Comment a-t-il réussi ce tour de force ? Déjà grâce à son adresse à trois points. Du jamais-vu. S’il ne fallait retenir qu’un chiffre, sachez que l’intéressé a déjà converti 116 tirs primés en 22 matches depuis le début de la saison. C’est quasiment deux fois plus que le deuxième dans ce classement, le meneur de jeu de Toronto Kyle Lowry, qui ne compte «que» 68 réussites au-delà de l’arc de cercle ! A ce rythme-là, Curry ne devrait pas avoir trop de mal à battre son propre record, 286 trois points sur l’ensemble de la saison dernière. Capable de tirer avec une aisance déconcertante plusieurs mètres derrière la ligne à trois points, il représente peu ou prou une menace dès qu’il franchit la ligne médiane. On n’a jamais vu un joueur tirer autant (plus de 11 tirs primés tentés par match) et aussi bien (47,2% à trois points), avec une telle vitesse d’exécution, un tel sang-froid. On l’a souvent vu inscrire plus de 20 points en un seul quart-temps depuis le début de la saison (!) et il a du sang-froid dans les veines au moment de prendre des tirs importants en fin de match. Il faut dire que le bougre a de qui tenir en termes d’adresse, lui qui est le fils de Dell Curry, très bon dans cet exercice durant sa carrière en NBA, notamment à Charlotte.


D’ailleurs, «Babyface» peut shooter dans toutes les positions, avec un défenseur sur le paletot, en pleine course, en sortie de dribble… Le dribble, c’est justement l’un de ses points forts. Une habileté balle en main qui fait le bonheur des amateurs de «highlights» et qui lui permet de gommer ses manques en termes de puissance, de qualités athlétiques. S’il n’est pas capable d’attaquer le cercle comme pouvait le faire Michael Jordan en son temps, ou LeBron James aujourd’hui, Curry est un funambule capable de se faufiler jusqu’au panier en pénétration avec une vista, une créativité et un sens du spectacle sans pareil. Même quand est en panne d’adresse (ça ne dure jamais longtemps), il peut provoquer des fautes à loisir et est quasi infaillible aux lancers-francs (91,2%)… Il est tout simplement indéfendable (32,4 points/match). En plus, le meneur de jeu de l’équipe d’Oakland est tout sauf ridicule en défense (2,2 interceptions/match) et c’est un excellent chef d’orchestre (5,8 passes décisives/match). Et dire qu’il n’a que 27 ans... On n’a peut-être encore rien vu !

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