Afrobasket 2015: la Centrafrique vers une figuration?

Les années passent et se ressemblent pour les fans centrafricains, très souvent déçus par les prestations médiocres de leur équipe nationale de basket-ball, pour ne pas dire par de nombreux bureaux fédéraux incompétents, habitués à trahir leur confiance tous les deux ans. La Centrafrique, double championne d'Afrique par le passé (1974 et 1987) grâce en partie à la bonne gestion du feu légendaire François Pehoua, court depuis 28 ans derrière un troisième sacre continental, en raison d'une mauvaise gestion devenue chronique au fil du temps. Éliminée au tournoi préliminaire de la Zone 4 à Libreville (Gabon) en raison d'un manque de préparation, la Centrafrique a du se batailler fort auprès de Fiba Afrique pour obtenir l'une des trois invitations disponibles (wild card) afin de faire parti des 16 équipes qualifiées à l'Afrobasket 2015, prévu en Tunisie du 19 au 30 août.


Après sa grande débâcle à Abidjan (Cote d'Ivoire) lors de l'édition 2013, où le pays a terminé à la 13e place et sa désillusion de Libreville au tournoi de la Zone 4 (battu par le Gabon et le Tchad), qui restent encore au travers de la gorge des fans, la sélection nationale centrafricaine est attendue au tournant par de nombreux observateurs et amoureux du ballon orange qui peinent tout de même à trouver les mots justes pour expliquer les raisons de ces déroutes à répétition, ce malgré les nombreux avertissements de la presse locale et internationale.

L'enveloppe des 35 millions de FCFA offerte par Mme la présidente de la Transition, Catherine Samba-Panza à la FCBB et celle remise par le gouvernement dont on ne connait pas le montant, en plus de la prise en charge globale de la préparation en France par la Coopération française, ont suscité de l'engouement parmi les fans centrafricains qui ne pouvaient s’empêcher de rêver grand mais surtout de croire à nouveau à leur sport roi, en dépit des nombreuses déceptions du passé. En préparation à Gravelines depuis 8 juillet dernier sous les ordres du coach Aubin Goporo et de son assistant Gabin Marida, les Fauves présents au camp d'entrainement, travaillent dur à chaque séance pour relever le défi malgré les forfaits de Michael Mokongo, James Mays et Maxime Zianveni. Interrogé par notre rédaction au lendemain de sa nomination au poste d’entraîneur-chef, Aubin Goporo, a laissé entendre "qu'il a pour objectif de ramener la Centrafrique parmi l'élite du basket africain". Mais a-t-il les moyens de son objectif? Quatre semaines après cette déclaration, qui a succédé celle de la star du basket centrafricain, Romain Sato à notre micro en Espagne, annonçant son retour officiel en équipe nationale après six ans d'absence, rien n'a changé véritablement au sein du bureau fédéral, en charge de piloter la préparation de l'Afrobasket 2015 et de gérer la partie administrative, d'autant plus que le président de la Fédération Centrafricaine, M. Jean de Dieu Mageot est à la fois vice-président du comité de préparation et directeur technique national.

Mauvaise gestion ou preuve d'incompétence concernant le dossier Romain Sato?
Présent à Valence, en Espagne, en début du mois de juin dernier pour rencontrer Romain Sato, le président de la FCBB, Jean de Dieu Mageot, savait pourtant ce qu'il devrait faire en amont pour permettre à la star de Valencia Basket de participer à la grande messe africaine après six ans d'absence. Lors de cette réunion avec le triple meilleur marqueur de l'Afrobasket, en présence de Max Kouguere et de l'ancienne légende des Fauves Anicet Lavodrama, toutes les questions étaient évoquées, même celle concernant le payement des assurances des joueurs sélectionnés.

Interrogé sur la question concernant les assurances, début juillet à Gravelines par le ministre centrafricain des Sports, Armel Ningatoloum Sayo, le président de la FCBB a pourtant laissé entendre que la police d'assurance de Romain Sato a été déjà payée. Fait-il allusion à l'assurance collective qui englobe tous les noms des joueurs pré-sélectionnés? Ne savait-il pas que Romain Sato, tout comme James Mays, Maxime Zianveni et Michael Mokongo devraient bénéficié d'une assurance individuelle en raison des exigences de leur club respectif? Pourtant en 2011 lors de l'Afrobasket à Madagascar, le meneur de l'As Monaco Michael Mokongo, en raison d'une police d'assurance individuelle, a du attendre quelques jours au bord du parquet avant de s’entraîner avec ses partenaires. M. Mageot qui fut capitaine et DTN des Fauves par le passé, n’est pas suffisamment informé à ce jour du savoir faire du haut niveau?

Annoncé du coté de Gravelines le 31 juillet, Romain Sato, n'a finalement pas pris l'avion pour rejoindre ses partenaires. La raison? Sa police d'assurance encore non payée par la Fédération Centrafricaine de Basketball qui a tenté malgré tout de se couvrir par le biais d'un post "assassin". Ce revirement de situation n'a pas laissé les fans indifférents, qui dans la confusion totale, ont multiplié des commentaires à caractère "calomnieux" à l'égard du joueur sur les réseaux sociaux, particulièrement sur la page facebook de la FCBB, sans oublier des articles allant jusqu'à annoncer le forfait du joueur.

Pour calmer la tension, M. Jean de Dieu Mageot, qui assure en même temps la communication de la FCBB via la page facebook, va jusqu'à annoncer publiquement que "la police d'assurance de Romain Sato sera payée d'ici quelques jours et que le joueur rejoindra ses partenaires dans les prochains jours. Une annonce triomphante faite lors de la cérémonie du tournoi amical inter-arrondissements de Bangui en présence du ministre des sports, M. Armel Ningatoloum Sayo et de l'Ambassadeur de France en Centrafrique, M Charles Malinas. Cinq jours après, rien ne semble bouger du coté de bureau fédéral, et de son coté, Valencia Basket, club de Romain Sato maintient sa position et se justifie. "Si la police d'assurance de Romain Sato n'est pas payée, il ne rejoindra pas l'équipe nationale centrafricaine pour l'Afrobasket 2015. Sato est motivé de jouer pour son pays et il attend que ça pour rejoindre ses coéquipiers", ont fait savoir les dirigeants du club espagnol. Depuis, aucune réaction venant de la part du bureau fédéral, qui mise sur la bonne foi du joueur afin qu'il puisse payer lui-même son assurance, comme il l'a déjà fait en 2009 en déboursant pas moins de 40 000 euros. Une chose est certaine, plus le temps passe et que la FCBB ne débloque pas la situation, Romain Sato risquerait de se déclarer forfait et ainsi faire ses adieux à l'équipe nationale centrafricaine par la petite porte, contrairement à sa propre volonté. Il faut préciser que Sato a disputé cinq championnats d'Afrique sous les couleurs de la République centrafricaine, terminant trois meilleur marqueur (2001, 2003 et 2009).

Quelle équipe pour l'Afrobasket 2015?
A en croire le coaching staff centrafricain qui fait un travail remarquable, les douze joueurs actuellement présents au camp d'entrainement de Gravelines, iront probablement à Tunis le 17 aout prochain, mais en réalité, quatre risqueraient bien de ne pas quitter la France pour des raisons administratives. Il s'agit là des joueurs évoluant en France, dont les titres de séjours sont en cours d'expiration, ou pour certains, détenteurs de récépissés. Face à une telle situation, tout laisse penser que le coach Aubin Goporo et son assistant Gabin Marida auront du mal à arreter leur liste définitive. Annoncé pour renforcer les rangs de l'équipe, le meneur d'ASOPT Junior Madozein n'a pas encore quitté la capitale centrafricaine, pour faute de billet d'avion, alors que ce dernier a déjà eu le visa pour rejoindre ses partenaires au Sportica. Pour sa part, Dimitri Kongbo pourrait poser ses valises au Polder entre le 9 ou le 10 août, mais au rythme que vont les choses (à pas de chenilles), cette mauvaise gestion risque bien de compliquer la tache aux "Bamaras" extrêmement motivés à se battre en terre tunisienne, dans l'espoir de faire un bon résultat afin de contribuer au retour de la paix dans le pays, déchiré par "une guerre religieuse".

A défaut de retenir les quatre joueurs concernés par ce problème de papier (si les problèmes ne sont pas encore résolus), le coaching staff fera t-il appel aux joueurs qui ont été coupé il y'a de cela quelques jours? Il s'agit là de Guy Kodjo-Sitchi, Wilfried Pollagba, Amadou Sissoko, Stéphane Kpako et Yannick Sokpao, qui eux ont tous les papiers en règle. Encore faudra-t-il que ces joueurs soient joignables.

Joint au téléphone par notre rédaction, le président de la Fédération Centrafricaine de Basket-ball, M. Jean de Dieu Mageot n'a pas souhaité répondre à nos questions dans les moindres détails, ce malgré l'urgence qui s'impose.

Face à un tel scénario, l'on se demande déjà comment l'équipe nationale centrafricaine compte aborder la compétition dans un groupe A très relevé aux cotés de deux favoris (le Nigéria et la Tunisie), sans oublier l'Ouganda qui vendra sans doute chèrement sa peau? "En mai dernier à Madrid lors du Final Four de l'Euroleague, j'avais souligné l'importance de faire un bon résultat à Tunis après les grandes désillusions d'Abidjan et Libreville. On se doit d’être à la hauteur des attentes, de prouver que la Centrafrique est encore une grande nation de basket et que l'on mérite cette wild card attribuée par Fiba Afrique. J'ai bien précisé que si l'on ne se sent pas capable de se battre pour le podium continental, ça ne sert à rien de se rendre en Tunisie, car l'on doit tourner définitivement cette page sombre, en mettant ces moyens dans la formation des jeunes afin de construire l'avenir vu les ages de nos joueurs cadres. Le basket peut contribuer à la réconciliation nationale, mais faudra que l'on fasse un bon résultat à Tunis pour rendre cela possible. Ce fut le cas de l'Angola, de la Serbie, de l'Afrique du Sud du feu Nelson Mandela avec la victoire des Springboks et plus recensement de l'Egypte, vice-champion d'Afrique 2013. Hélas, la Centrafrique est toujours rattrapé par son vieux démon, celui de la désorganisation et de l'improvisation. Au final, des moyens financiers importants jetés à l'eau au détriment d'une population dont la première priorité est pourtant d'accéder à l'eau potable et aux soins médicaux. Oui le sport unit les peuples à partir du moment où l'on fait les choses avec professionnalisme, mais le bureau fédéral, en particulier le président de la FCBB ne prend pas conscience de l'enjeu et va jusqu'à minimiser les attentes des contribuables. Ces énormes moyens qui se chiffrent à des millions de FCFA auraient pu aider à la construction d'un centre de formation sport/études afin de préparer l'avenir.", a déclaré Cyrille Ngario, responsable de News Basket Beafrika.

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